La loi "ma santé 2022" va aggraver l'engorgement des urgences, selon Patrick Pelloux

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Le changement de statut du praticien hospitalier, inclus dans le projet de loi "ma santé 2022", va conduire à détériorer encore plus le système des urgences, selon Patrick Pelloux, invité d'Europe 1, lundi.
LE TOUR DE LA QUESTION

C'est selon lui un texte "très critiquable" : sur Europe 1, lundi, l'urgentiste Patrick Pelloux dénonce l'esprit et le contenu du projet de loi "ma santé 2022", débattu à l'Assemblée nationale jusqu'à vendredi dernier. "Ce projet de loi, qui arrive comme ça, va aggraver et déstabiliser encore plus le système", juge-t-il dans Le Tour de la question avec Wendy Bouchard.

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Le président de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (Amuf) a plusieurs griefs à apporter à ce texte défendu par la ministre Agnès Buzyn. "D'abord, on [les urgentistes, NDLR] n'a pas été concertés", déplore-t-il en premier lieu, alors qu'un vote solennel est prévu mardi à l'Assemblée nationale.

Des médecins qui feront davantage de privé ?

Mais Patrick Pelloux est surtout remonté contre le contenu du texte. "Un exemple qui m'a mis en colère avant de me peiner profondément, c'est la fin du statut de praticien hospitalier dans la fonction publique, qui est le statut des médecins. Le Parlement a décidé de changer radicalement ce statut [il est prévu de créer un statut unique de praticien hospitalier, NDLR]. Ça va changer énormément de choses : toute la stabilité du service public, qui fait que les médecins sont assimilés comme des fonctionnaires, saute. Ça veut dire que des médecins qui travailleront à l'hôpital pourront faire encore plus de privé qu'avant."

" C'est très grave ce qui est en train de se passer, et ça n'améliorera pas les urgences "

Avec cette loi, l'urgentiste a donc "le sentiment qu'ils veulent déstabiliser le statut de cet assimilé fonctionnaire qu'était le médecin pour déstabiliser encore plus l'hôpital public", dont il dénonce la "privatisation rampante" qui menace selon lui le système de santé. "C'est très grave ce qui est en train de se passer, et ça n'améliorera pas les urgences", déjà engorgées, avec une très forte hausse du nombre de passages, de 8 millions entre 1988 à plus de 24 millions aujourd'hui.

Critique de l'intérim pour les médecins

Actuellement, poursuit le praticien, "ce qui stabilise les médecins urgentistes, c'est qu'ils aient un travail, un reconnaissance de leur temps de travail qui est très difficile". "Mais actuellement, ils remplissent tellement peu cette mission de faire rentrer les jeunes dans la carrière hospitalière au niveau des urgences, qu'y compris à Paris, vous avez des services d'urgences qui font appel au travail intérimaire, où on paye beaucoup plus cher des boîtes d'intérim pour trouver des médecins qui viennent aux urgences. C'est du jamais-vu !", s'alarme-t-il sur notre antenne. Et la situation devrait, selon lui, empirer si la stabilité offerte par le statut actuel des urgentistes venait à disparaître.

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