La pandémie de Covid-19 est-elle la première d'une longue liste ?

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Les pandémies telles que celle du Covid-19 pourraient se multiplier à l'avenir, en raison de l'activité industrielle humaine. Surexploitation des ressources, élevage intensif et déforestation provoquent un bouleversement de la biodiversité et pourraient favoriser les zoonoses, des infections transmissibles de l'animal à l'homme. Mais l'être humain peut encore changer la donne.
INTERVIEW

Et si la pandémie de Covid-19 n'était que le début d'une plus longue série ? Selon le Giec de la biodiversité, l'IPBES (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services), les épidémies risquent de se multiplier dans les années à venir, et faire plus de mort. En cause, l'immense réservoir de virus inconnus dans le monde animal, dont l'équilibre est menacé par le changement climatique.

Selon Benjamin Coriat, économiste, professeur émérite à l’Université Sorbonne Paris-Nord et auteur de La Pandémie, l’anthropocène et le bien commun, la déforestation, la surexploitation des ressources et l'élevage intensif sont les principaux facteurs des potentiels dérèglements à venir. Il s'en explique sur Europe 1.

"Ces zoonoses sont en multiplication accélérée depuis trente ans" 

L'économiste, qui désigne par le terme d'anthropocène une "ère de dérèglement, liée à l'intensité de l'activité industrielle humaine", rappelle le risque de multiplication des "zoonoses", des maladies qui se transmettent des animaux aux hommes. "Un grand nombre de virologues, d'infectiologues à l'occasion de la pandémie du Covid-19 ont fait remarquer que c'était une pandémie particulière", explique-t-il. "Ces zoonoses sont en multiplication accélérée depuis trente ans." 

"C'est une occurrence qui va se reproduire dans l'avenir, alors on ne peut pas dire quand, comment... Mais ce qui est certain, c'est que cette transmission de maladies des animaux aux hommes va se multiplier'", assure-t-il.

Ce mercredi, comme un symbole, la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal et Yazdan Yazdanpanah, membre du Conseil scientifique, annoncent la création d'une nouvelle agence de recherche, chargée de suivre les maladies émergentes et infectieuses à partir de 2021, dans Le Figaro.

"Extractivisme" et élevage intensif, l'homme est bien en cause

Pour expliquer cette accélération de la transmission des virus de l'animal à l'homme, Benjamin Coriat avance plusieurs explications. En premier lieu, ce qu'il appelle "l'extractivisme", soit la déforestation et l'exploitation massive des ressources. "Plus généralement, toutes les formes de destruction de la biodiversité font que l'on se met en présence de faune sauvage, qui portent des virus normalement contrôlés dans des espaces pluriels, divers, bloqués par la diversité. Quand on casse la diversité, quand on introduit de la monoculture, quand on va profond dans les forêts, quand on creuse sous les pôles : on libère."

Deuxième facteur d'explication : l'élevage intensif hors sol, "en particulier pour les volailles, mais pas seulement, car maintenant cela se multiplie pour toutes sortes d'animaux", précise Benjamin Coriat. Selon lui, ces modes de production sont des "nids à virus". "Ce sont des variétés uniques qui sont nourries de manière très largement chimique. Et l'unicité favorise la diffusion du virus", explique-t-il. "Lorsqu'on a des espèces assez différentes, le virus passe dans certaines espèces, mais pas dans d'autres."

"Je ne crois pas" qu'il soit "trop tard"

L'économiste souligne également une diffusion plus rapide des virus en raison de la mondialisation et des échanges commerciaux. Néanmoins, la solution n'est pas d'y renoncer, selon lui. "La solution, ce n'est pas d'arrêter les échanges internationaux, mais c'est de les réglementer de manière à ce qu'il y ait des normes sanitaires et des normes environnementales strictes, de faire en sorte qu'elles soient respectées, de mettre un frein sur l'extractivisme, de protéger la biodiversité, de revenir à des agricultures basées sur la diversité, respectueuse des cycles naturels", conclut-il, soulignant qu'il n'est pas "pessimiste". "Il y en a qui nous disent que c'est fini, que c'est trop tard. Je ne le crois pas", souligne Benjamin Coriat.

Europe 1
Par Mathilde Durand