Et si l’on essayait d’arrêter totalement le sucre ?

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Sucre, pâtisserie, cuisine, cuillère, fourchette
© congerdesign / pixabay
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Tous le monde en a déjà fait l’expérience : le sucre a un potentiel addictif considérable. Pourtant, l’organisme pourrait s’en passer totalement.

Aaah les glaces, les chouchous, les cocktails... Pendant l’été, avec ses grandes vacances propices au relâchement, la tentation de consommer sucré est certainement plus élevée que le reste de l’année. Mais attention à ne pas devenir addict ! Invité dimanche du magazine de la santé, sur Europe 1, le médecin nutritionniste Raphael Gruman met en garde contre les risques d’une trop grosse consommation de sucre. Et nous propose une reconversion radicale.

"On pourrait vivre uniquement sur les réserves de graisse"

Le sucre peut être "considéré comme une drogue, dans le sens où ça va agir sur certains récepteurs au niveau du cerveau, qui sont à peu près similaires à ceux d'une drogue. C'est-à-dire que plus on va en consommer et plus on va avoir envie d'en consommer. Donc c'est cette addiction qui va faire que l’on va avoir du mal à s'en passer. Même lorsque l’on n’en a pas, on va aller systématiquement chercher un goût sucré", décrypte l’auteur de La méthode Gruman : 3 mois pour perdre du poids avec la diététique intégrative, qui déplore au passage que "tout l'univers de l'industrie agroalimentaire va nous pousser vers cette addition au sucre".

Or, une surconsommation de sucre menace directement notre santé. Selon une récente étude de l’Inserm, boire ne serait-ce qu’une canette de soda par jour risque d’entraîner une intoxication du foie. Et c’est d’autant plus regrettable que le sucre n’est pas totalement indispensable à notre organisme.

"On peut s'en passer, contrairement aux protéines ou à certaines graisses qui sont des nutriments indispensables pour la constitution des muscles, le fonctionnement hormonal du corps, le cerveau, les articulations", explique le Dr Raphael Gruman. Et d’ajouter : "Le sucre est une réserve d'énergie. La seconde énergie que l'on a au niveau du corps, ce sont les réserves de graisses. Et on pourrait vivre uniquement sur les réserves de graisse".

"Il faut des efforts, ça va demander du temps à l'organisme"

Pour lutter contre l’addiction au sucre, le nutritionniste conseille d’essayer une période sans en consommer aucun. "Quand on arrête les glucides, le corps va naturellement aller piocher dans la réserve de graisse. Et on va aussi perdre de l'eau qui est en surplus", avance-t-il, assurant que l’on peut facilement perdre "deux ou trois kilos en une semaine".

"Il faut des efforts. On développe des papilles gustatives au niveau de la langue qui vont être réceptives à ce gout sucré. Quand on va s'en passer, les papilles vont finir par disparaître et l'appétence va devenir moins importante", détaille le médecin. Et de poursuivre : "Ça va demander du temps à l'organisme. On dit souvent qu’il faut trois semaines, mais ça peut être plus long ou plus court en fonction des personnes. Une fois que l’on a réussi à s'en passer suffisamment longtemps, lorsqu'on va retoucher un produit sucré, ça va être horriblement sucré".

Il y a sucre et sucre

Tous les sucres, évidemment, ne se valent pas. Le fructose, que l’on trouve dans les fruits, ne va pas perturber la glycémie - le taux de sucre dans le sang - comme le ferait un biscuit dans lequel on va avoir des sucres raffinés, qui vont passer beaucoup plus vite dans le sang et le foie et vont favoriser la prise de poids. À éviter au maximum, en revanche : l’alcool. Pour Raphael Gruman, un simple verre de rosé représente l’équivalent de trois ou quatre carrés de sucre. Et cela peut grimper à huit pour un verre de mojito.

Toute cette stratégie de lutte contre l’addiction au sucre doit se construire avec un médecin et/ou un nutritionniste. À la fin de la période de sevrage total, il est ensuite conseillé de consommer des sucres "intéressants pour l'organisme", complète Raphael Gruman. Et de citer les fruits, les sucre lents (légumes secs, pâtes et riz complets…). "On n’aura pas de reprise de poids rapide", assure le nutritionniste.

Et pour les enfants ?

Raphael Gruman recommande de commencer "l’éducation au goût" dès le plus jeune âge. Ainsi, dès l’âge de la diversification alimentaire, dès 4 à 6 mois, il est conseillé d’éviter de donner trop de sucre à son enfant. Sinon, il risque de "développer une appétence plus forte pour le sucre et d'en demander en permanence", avertit le nutritionniste.

Tout au long de l’enfance et de l’adolescence, l’éducation au goût doit être faite, poursuit le spécialiste. "Le sucre est un plaisir mais un plaisir qui doit être ponctuel. Si vous dites : ‘Voilà, une fois par semaine, on prend des gâteaux, une boisson sucrée de temps en temps’, ça évitera que le plaisir devienne quotidien. Le risque, c’est qu’après le plaisir soit perdu. Et on va avoir tendance à consommer encore plus pour le retrouver".