Enfants précoces, enfants hyperactifs, qu'est-ce que ça signifie ?

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Etre un enfant "haut potentiel", cela veut dire "qu'on comprend plus vite, qu'on réfléchit plus vite", explique le pédopsychiatre Louis Vera. © BERTRAND LANGLOIS / AFP
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Invité de "Sans rendez-vous", le docteur Louis Vera, pédopsychiatre à la Pitié-Salpêtrière à Paris, et auteur du livre "Tous précoces, tout hyperactifs vraiment ?", nous explique ce que veulent vraiment dire les termes précoces et hyperactifs et pourquoi ils sont souvent mal utilisés.
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De plus en plus, au détour de conversations avec ses amis ou avec des parents d'élèves, on a l'impression que tout le monde ou presque a chez soi un enfant surdoué, précoce ou hyperactif. Ces termes sont utilisés à tout va, sans que l'on sache vraiment leurs caractéristiques. Dans l'émissionSans rendez-vous, présentée par Mélanie Gomez sur Europe 1, Louis Vera, pédopsychiatre à la Pitié-Salpêtrière à Paris, et auteur du livre Tous précoces, tout hyperactifs vraiment ? (Larousse), nous aide à y voir plus clair.

L'école se soucie de plus en plus des élèves qui ont du mal à se concentrer. "Cela fait une dizaine d'années que j'exerce auprès de ces enfants-là et depuis quatre ou cinq ans, je vois un virage et de plus en plus de demandes de consultation pour des problèmes de concentration. Avant, la plupart des patients m'était adressée par des professionnels et maintenant, ce sont de plus en plus les enseignants qui adressent en consultation", constate le pédopsychiatre.

Il tempère ce manque de concentration qui paraît grandissant. "Il y a un phénomène générationnel de manque de concentration, qui concerne aussi les adultes. On a trop vite fait de coller une étiquette de "précoce" quand un gamin fait des conneries et d' "hyperactif" quand il a du mal à rester assis une heure sur sa chaise", note Louis Vera, qui rappelle : "Quand on a six ans, rester une heure assis sur une chaise en bois à gratter sur un cahier, c'est pas facile". 

Enfant à "haut potentiel"    

Qu'est-ce qu'un enfant précoce au fond ? Comment le diagnostiquer ? "Sur Internet, on trouve six catégories de précoces. Quand je lis ça, j'ai envie de dire 'arrêtons le bullshit'. Car on nous dit qu'être précoce, c'est avoir un trouble et d'ailleurs, il y a six variantes différentes de ce trouble. Non", tranche le pédopsychiatre.

Lui préfère utiliser le terme "haut potentiel" que précoce. Être un enfant "haut potentiel", cela veut dire "qu'on comprend plus vite, qu'on réfléchit plus vite", résume-t-il. Il ajoute : "C'est le gamin qui va connecter quand on lui parle, comprendre, poser beaucoup de questions, s'intéresser à beaucoup de sujets. Quand il est chez lui, il va vouloir aimer, être nourri intellectuellement, faire des expériences scientifiques. Et il va être un peu fatigant parce qu'il pose tout le temps des questions sur plein de sujets."        

Pour lui, un enfant "haut potentiel", n'est pas inadapté. "La grande majorité des hauts potentiels, ceux dont on n'entend pas la voix, ils vont bien, ils ont de bonnes notes, ils ne sont pas en échec scolaire. Oui, ils s'ennuient parfois en classe", note-t-il. 

Les tests de QI ne mesurent pas l'intelligence

Le pédopsychiatre démystifie également le culte du test de QI. "Les tests de QI ont un intérêt et ils ont d'ailleurs été créés pour ça : c'est faire la distinction entre le gamin à risque de troubles des apprentissages scolaires comme la dyslexie et le gamin qui n'est pas à risques", explique-t-il. "Cela n'a jamais été fait pour mesurer l'intelligence car un test de QI ne prend pas en compte tous les paramètres de l'intelligence."

Pour savoir si un enfant est surdoué, rien de plus simple. "On discute avec eux, on leur pose des questions et là, on va tout de suite voir qu'on a en face de nous un gamin qui percute vite, qui pose des questions et qui sait s'adapter rapidement", résume Louis Vera. "Finalement, le haut potentiel va être de l'ordre de 2 à 3%, peut-être 5% en fonction des critères qu'on utilise." 

Le docteur estime qu'il faut faire une distinction entre les hauts potentiels qui ont des troubles de l'apprentissage et ceux qui n'en ont pas. "En fonction des études, on est entre 3 et 30% de jeunes qui ont du mal à se concentrer dans la population. Si on prend des critères objectifs, il y a à peu près 3% des jeunes qui ont un trouble de l'attention. Donc il est très important de distinguer troubles de l'attention et problèmes de concentration. Oui, il y a de plus en plus de gens qui ont du mal à se concentrer, adultes ou enfants. Non, il n'y a pas de plus en plus de troubles dysfonctionnels de l'attention."  

Les caractéristiques d'un enfant ayant un trouble dysfonctionnel de l'attention

Concernant le trouble dysfonctionnel de l'attention (TDA), le pédopsychiatre rappelle les caractéristiques de ce trouble. Une enfant TDA, c'est un enfant "qui a du mal à se concentrer, en classe et en dehors de l'école". "Si ce n'est qu'à l'école, c'est qu'il s'emmerde. Et en plus de ça, c'est qu'il a du mal à s'organiser." 

Louis Vera considère que l'on peut poser le diagnostic à partir de la fin du CP. Si, en général, il est posé après six mois de difficulté à se concentrer, lui préfère laisser un ou deux ans de difficulté d'attention avant de poser ce diagnostic. "Le job c'est de demander à l'enfant s'il a des problèmes pour lire, pour écrire, des problèmes de coordinations… On va chercher les troubles de l'apprentissage car avoir un trouble de l'apprentissage, ça veut dire avoir du mal à se concentrer", explique-t-il.   

Il rappelle également que "les enfants avec un trouble de l'attention sont des enfants qui peuvent être fatigants mais ils n'ont pas de troubles du comportement. Ils peuvent se greffer dessus mais ce n'est pas une principale caractéristique du TDA". 

Europe 1
Par Céline Brégand