Quatre idées reçues sur les enfants surdoués

  • A
  • A
Les enfants surdoués ne sont pas forcément identifiés comme tels dans leur enfance car certains vivent très bien leur différence.   4:21
Les enfants surdoués ne sont pas forcément identifiés comme tels dans leur enfance car certains vivent très bien leur différence. © PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
Partagez sur :
Très brillant ou très mauvais à l'école, "rien ne vaut un test de QI", des difficultés à communiquer avec les autres... De nombreuses idées reçues circulent sur les enfants précoces ou surdoués. Avec son invité spécialiste de la question, Wendy Bouchard a tenté de déconstruire ces idées parfois loin de la réalité.

Surdoués, a haut potentiel, précoces, a haut QI, zèbres... Autant de termes qui désignent, avec quelques nuances, les enfants qui sont intellectuellement plus performants que la moyenne. Mais ce "surdon" - que l'on définit à partir de 130 de quotient intellectuel - n'est pas si facile à faire entrer dans une liste de caractéristiques. 

>> Wendy Bouchard a consacré jeudi l'émission Le Tour de la question aux enfants surdoués avec Gabriel Wahl, pédopsychiatre, ancien professeur de psychologie à l'Université Paris 7 et auteur de "Les adultes surdoués" et "Les enfants intellectuellement précoces" (PUF).

Le niveau scolaire, très bon ou très mauvais, n'est pas systématiquement lié à un surdon

"Un élève brillant est statistiquement plutôt surdoué", reconnaît Gabriel Wahl. "Mais on peut avoir des enfants surdoués qui ne sont pas laborieux et qui ont des résultats [scolaires] modestes quand d'autres qui ont le goût de l'effort ont de bons résultats [scolaires] sans forcément avoir un talent intellectuel de type 'haut potentiel'." Pour le pédopsychiatre, les résultats scolaires, qu'ils soient particulièrement bons ou plus mauvais que la moyenne, ne sont pas un signe évident de surdon.

Un test de QI n'est pas forcément nécessaire

Si des parents se posent la question des capacités intellectuelles de leur enfant, ils peuvent lui faire passer un test de QI dès trois ans pour avoir une idée, bien que les tests les plus fiables commencent à six ans. En revanche, ce n'est pas absolument nécessaire, rappelle Gabriel Wahl. "La majorité des enfants surdoués n'en font pas. Ils font des études réussies, sont heureux dans la vie et n'en ont pas besoin. On fait passer un test lorsqu'un enfant est en difficulté, soit sur le plan de la personnalité soit sur le plan scolaire."

Comment fonctionne un test de QI pour enfant ?

"On étudie de façon concrète ce qu'est capable de faire un enfant comme mémoriser des chiffres, expliquer un mot de vocabulaire… Et quand un enfant de 5 ans est capable de faire ce qu'un enfant de 6 ans moyen sait faire, on considère qu'il est une avance. Il y a des tests de QI adaptés à tous les âges et ils ont été calibrés par rapport à une moyenne. Un QI de 130 veut donc dire qu'on a répondu à des questions dans plein de domaines", a détaillé Gabriel Wahl. Les tests pour adultes fonctionnent légèrement différemment.

Tous les enfants surdoués n'ont pas de difficultés relationnelles

Ce sont les difficultés relationnelles de sa fille aînée qui ont poussé Caroline, une auditrice de Limoges, à la faire tester dès la petite section de maternelle. Elle était "dans l'incapacité à échanger avec ses camarades. Elle savait lire à 4 ans et elle n'était pas à l'aise avec les jeux et les camarades de son âge. Elle était bien plus dans son élément avec des adultes", a témoigné cette auditrice au micro d'Europe 1. Une fois la fillette identifiée comme possédant un "haut potentiel", l'équipe enseignante a pu mieux la prendre en charge et l'accompagner dans ses relations sociales. Depuis, elle a sauté deux classes et s'épanouit bien plus, a expliqué Caroline. 

Mais tous les enfants surdoués n'ont pas de problèmes relationnels, pour preuve, le deuxième enfant de Caroline est également précoce mais est un enfant joyeux et très sociable. "La grande majorité des enfants précoce ne souffre pas", rappelle le spécialiste.

Quant à la question du saut de classe, le pédopsychiatre Gabriel Wahl rappelle que deux critères sont à prendre en compte. "Pour certains enfants, ce qui compte c'est la vie scolaire et intellectuelle, pour d'autres c'est la vie affective. Si un enfant s'ennuie en classe et trouve sa scolarité fade, un saut de classe peut être une bonne idée. Mais il y a des enfants surdoués qui n'ont pas d'autre ambition que de garder leurs copains. Il faut donc mesurer tous les paramètres."

L'hypersensibilité n'est pas nécessairement une caractéristique de surdon

L'une des caractéristiques que l'on a tendance à associer à la précocité est l'hypersensibilité. Mais pour le pédopsychiatre, rien n'est encore démontré scientifiquement. En revanche, il reconnaît que la "dyssynchronie" peut en donner l'impression. Ce terme désigne un décalage entre ce que ressent (et exprime) un enfant précoce et ce que ressent un enfant de son âge qui ne l'est pas. "L'enfant surdoué a l'intelligence de percevoir des éléments douloureux de l'existence comme la maladie, la mort, la souffrance humaine, avec une affectivité qui n'est pas celle de son âge", explique Gabriel Wahl.

Et comme les centres d'intérêts de ces enfants "parlent plus aux adultes", ils considèrent que ces enfants sont plus sensibles. "Si un enfant souffre parce qu'il a peur des sorcières, cela va nous faire sourire", détaille le spécialiste. "Mais s'il a peur de la maladie et de la mort, nous allons considérer cela avec plus d'empathie."

Par ailleurs, ces enfants souffrent souvent d'un manque d'estime de soi parfois renforcé par des "maladresses dans le milieu scolaire où on va mépriser leur goût d'apprendre, de la découverte" en considérant qu'ils sont imbus d'eux-mêmes et qu'ils posent des questions pour se faire valoir. Or "cela correspond à un vrai besoin, à une vraie curiosité. Il faut garder une certaine bienveillance à l'égard de ces enfants", conclut le pédopsychiatre Gabriel Wahl.

Europe 1
Par Marthe Ronteix