Alcoolisme : le baclofène doit encore faire ses preuves, selon une étude

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En France, le baclofène est autorisé depuis 2014 pour traiter la dépendance à l'alcool. © DAMIEN MEYER / AFP
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Utilisé contre l'alcoolisme, le baclofène ne montre aucun avantage par rapport à un placebo sur la réduction du nombre de jours de consommation excessive ou l'envie d'alcool.

Le baclofène utilisé contre l'alcoolisme peut augmenter les chances d'abstinence en fin de traitement, en revanche il ne montre aucun avantage par rapport à un placebo sur la réduction du nombre de jours de consommation excessive ou l'envie d'alcool, selon une analyse publiée lundi. Loin d'être un médicament miracle, comme vanté par certains, il doit donc encore faire ses preuves, d'après les chercheurs.

Les Docteurs Abi Rose et Andy Jones, de l'Université de Liverpool, ont compilé les résultats de douze essais cliniques randomisés (répartissant les patients par tirage au sort) comparant le baclofène à un placebo (substance sans principe actif) sur au moins un des effets comme l'envie irrésistible de boire ("craving"), l'anxiété ou la dépression, la réduction du nombre de jours sans alcool. Les essais pris en compte étaient faits en double aveugle, c'est-à-dire que ni le patient prenant le traitement, ni la personne l'administrant ne savaient s'il y avait du baclofène dedans.

Traitée au baclofène, une personne sur huit reste abstinente. Dans l'ensemble, le baclofène n'augmente pas les jours d'abstinence et ne diminue pas le nombre de jours de consommation excessive pendant le traitement, critères souvent utilisés pour déterminer l'efficacité du traitement. Il n'a pas non plus permis de réduire les taux d'envie d'alcool, d'anxiété ou de dépression, selon cette étude. Cependant "en examinant les taux d'abstinents à la fin du traitement, il y avait un effet positif du baclofène; les participants sous baclofène étaient 2,67 fois plus susceptibles d'être abstinents à la fin du traitement que ceux sous placebo", détaillent les auteurs dans cette recherche parue dans la revue spécialisée Addiction. D'après eux, seule une personne sur huit traitée avec du baclofène reste abstinente. Compte tenu de la gamme des doses utilisées et la petite taille des échantillons, les auteurs ont été incapables d'identifier une relation entre la dose employée et l'effet obtenu. Même si, ajoutent-ils, des études individuelles suggèrent que l'efficacité du baclofène dépend de la dose.

L'étude ne porte que "sur un nombre limité de patients". Selon le Docteur Rose, cette recherche met en évidence plusieurs problèmes, en particulier beaucoup d'études ne portent que sur "un nombre limité de patients", donc "peut-être trop petit pour trouver un effet" du baclofène. "Les essais existants diffèrent également sur un certain nombre de facteurs, tels que la dose de baclofène administrée et la durée du traitement". En outre, "la pharmacocinétique du baclofène (son devenir dans le corps) n'est pas bien comprise", ajoute le Docteur Rose. Ces résultats suggèrent que l'utilisation actuelle croissante de baclofène comme traitement pour les troubles liés à l'alcool est "prématurée", notent les chercheurs. Il est possible que des essais cliniques comparatifs plus grands et bien conçus mettent en évidence les moyens d'utiliser le baclofène de façon efficace pour les troubles liés à la consommation d'alcool, "au moins" dans certains groupes de patients, concluent-ils néanmoins.

Un médicament autorisé depuis 2014 en France. Le baclofène est prescrit depuis les années 1970 comme relaxant musculaire et il est depuis plus récemment utilisé comme traitement contre l'alcoolisme. En France, le baclofène est autorisé depuis 2014 pour traiter la dépendance à l'alcool, grâce à une recommandation temporaire d'utilisation (RTU) et fait l'objet d'une demande d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le traitement de l'alcoolo-dépendance.