Un suicide à l’Elysée : "François de Grossouvre vivait dans l'admiration de Mitterrand"

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François Mitterrand (à gauche) et François de Grossouvre (à droite) en mai 1981.
François Mitterrand (à gauche) et François de Grossouvre (à droite) en mai 1981. © AFP
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Chez Christophe Hondelatte, la journaliste Raphaëlle Bacqué évoque le suicide de François de Grossouvre, homme de confiance du président pendant des années avant de tomber en disgrâce.

Le 7 avril 1994, François de Grossouvre est retrouvé mort dans son bureau de l'Élysée, situé à deux pas de celui de François Mitterrand. Fidèle compagnon de route de ce dernier, Grossouvre a été pendant longtemps l'homme de confiance du président. Chez Christophe Hondellate jeudi, la journaliste Raphaëlle Bacqué revient sur cet épisode de la vie politique française, qu'elle raconte dans son dernier livre, Le dernier mort de Mitterrand.

"Deux hommes de la Seconde Guerre mondiale". François de Grossouvre et François Mitterrand se rencontrent à l'hiver 1959, lors d'un dîner organisé par Pierre Mendès France. "Ça va être un coup de foudre", explique Raphaëlle Bacqué. "Ce sont deux hommes de la Seconde Guerre mondiale, qui ont vécu la même guerre : ils ont commencé dans le pétainisme, et puis fin 1942, début 1943, ils ont été dans la Résistance", indique la journaliste du Monde. Les deux hommes ne se quitteront plus. Pour Grossouvre, qui rêve d'aventure dans sa petite vie tranquille d'industriel, la personnalité de François Mitterrand est une aubaine. "Grossouvre finance L'Express pour donner un peu de piment à sa vie. Mais sa rencontre avec Mitterrand, c'est ce piment qui arrive", décrit Raphaëlle Bacqué.

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"Il est le ministre de la vie privée". Pendant les campagnes électorales de François Mitterrand en 1965, 1974 et en 1981, François de Grossouvre joue un rôle clé dans le financement. Lors de l'accession au pouvoir de François Mitterrand en mai 1981, il s’installe à l'Élysée, et est désigné chargé de mission auprès du président de la République. Outre des dossiers délicats, notamment concernant la sécurité, François de Grossouvre est "dépositaire du secret du président". "Il est le ministre de la vie privée", résume Raphaëlle Bacqué, "il protège Anne Pingeot, va éduquer Mazarine dont il est le parrain : il est au courant de toute la vie privée du président et il y participe."

La chute. Mais la situation commence à se tendre rapidement entre les deux amis de 35 ans. La proximité de Grossouvre avec Mitterrand agace en interne, notamment les conseillers. Son pouvoir et les avantages qu'il s’octroie font grincer des dents. Les choses se compliquent encore davantage quand en juillet 1984, Roland Dumas est nommé ministre des Affaires Etrangères et Pierre Joxe, ministre de l'Intérieur. Les deux hommes font tout pour garder Grossouvre à distance. Si bien qu'en juin 1985, le couperet tombe : François Mitterrand met fin à ses fonctions.

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Raphaëlle Bacqué et Christophe Hondelatte © Europe 1

François de Grossouvre ne quitte pas l'Élysée pour autant, ni son appartement du Quai Branly et il reste président du Comité des chasses présidentielles. Mais écarté et isolé, l'ancien conseiller rumine. À des journalistes, il fait part de son mécontentement. Pire, il commence à s'entretenir avec le juge Thierry Jean-Pierre, un "ennemi" de Mitterrand, qui enquête sur le financement occulte du Parti socialiste. Lorsque le président de la République l'apprend cette nouvelle, c'est une trahison. Le divorce entre les deux hommes est définitif.

"Il était dans la disgrâce, il ne l’a pas supporté". Rongé par l’amertume et la disgrâce qu'il vit, François de Grossouvre met fin à ses jours dans son bureau de l'Élysée, d'une balle de 357 Magnum. "Il est mort de ne plus être dans la lumière de cet espèce de roi soleil qu’était François Mitterrand", souligne Raphaëlle Bacqué. "Grossouvre vivait dans l’admiration de cet homme et avec l’envie de vivre sa proximité. Comme il était dans la disgrâce, il ne l’a pas supporté."

Europe 1
Par Guillaume Perrodeau