"Qu'à tout moment, le travail paie" : Édouard Philippe dévoile les choix budgétaires du gouvernement

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"Aucune prestation sociale ne sera réduite", affirme le Premier ministre dans le JDD (photo d'archives). © JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
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Dans une longue interview au "Journal du Dimanche", le Premier ministre assume une politique privilégiant "la rémunération de l'activité", annonçant notamment la fin de l'indexation de certaines prestations sociales sur l'inflation. 

"Nous entrons dans la phase des derniers arbitrages". La rentrée du gouvernement est bel et bien là et son projet de loi de finances pour 2019 sera présenté "à la fin du mois de septembre", indique le Premier ministre Édouard Philippe dans le JDD, dimanche. Dans une longue interview à l'hebdomadaire, le chef du gouvernement évoque les choix budgétaires du gouvernement, basés sur une prévision de croissance de 1,7%, revue légèrement à la baisse. "Il faut faire en sorte qu'à tout moment le travail paie et que l'on fasse toujours le choix du travail", martèle Édouard Philippe, assumant "une politique de transformation et de maîtrise des dépenses". 

Vers la sous-indexation des APL, allocations familiales et retraites

"Nous voulons transformer l'action publique en diminuant le financement des politiques qui ne sont pas efficaces, par exemple sur le logement ou les contrats aidés, dont la plupart ne permettent pas d'obtenir ensuite un emploi viable", explique Édouard Philippe au JDD, affirmant cependant qu'"aucune prestation sociale ne sera réduite". 

"Les prestations qui bénéficient à nos concitoyens les plus fragiles, comme le RSA, seront augmentées conformément à la loi", indique le Premier ministre. "Certaines le seront même très significativement : la prime d'activité, le minimum vieillesse, l'allocation pour les adultes handicapés. D'autres prestations progresseront de façon plus modérée, de 0,3% par an en 2019 et 2020 : l'aide personnalisée au logement, les allocations familiales, les pensions de retraite", poursuit-il, confirmant une sous-indexation de ces prestations, c'est-à-dire une augmentation inférieure à l'inflation. 

4.500 postes de fonctionnaires en moins

"En 2019, nous prévoyons environ 4.500 suppressions de postes" de fonctionnaires, affirme le Premier ministre au Journal du Dimanche, précisant que les 50.000 suppressions annoncées à l'horizon 2022 se feront en marge d'une "transformation de l'action publique qui monte en puissance au fil du temps". "Je peux déjà vous dire qu'en 2020, le chiffre sera supérieur à 10.000", précise Édouard Philippe. 

Quant aux postes qui seront supprimés, "nous avons annoncé des réorganisations au ministère des Finances, dans l'audiovisuel public, dans le réseau extérieur de l'État", rappelle-t-il. "Mais il y aura par ailleurs des recrutements : plus 2.000 agents supplémentaires dans la police, la gendarmerie et à la DGSI, 1.300 à la justice - parce qu'il s'agit de priorités."

"Pas de tabou" sur la dégressivité des allocations chômage des cadres 

Concernant l'indemnisation du chômage, "nous voulons profiter de la situation actuelle, où l'emploi est en train de repartir (le taux de chômage a baissé à 9,1%, ndlr) pour corriger les mécanismes qui ne fonctionnent pas bien, comme ceux qui encouragent la multiplication des contrats courts", affirme Édouard Philippe. "La question de la dégressivité des allocations chômage a été posée par le député Aurélien Taché (LREM, ndlr). Nous pouvons en discuter, nous n'aurons ni tabou ni présupposés", martèle le Premier ministre. 

Arrêts maladie : les entreprises ne paieront pas seules 

Certaines sources indiquaient cet été que le gouvernement planchait sur un basculement d'une partie du remboursement des arrêts maladie de la Sécurité sociale vers les entreprises. Tout en reconnaissant que l'enjeu est "considérable" et en rappelant que "le nombre de journées indemnisées est passé de 11 à 12  par an et par salarié du privé", Édouard Philippe exclut cette hypothèse dans le JDD

"Il ne s'agit pas de renvoyer vers tel ou tel le coût de ces indemnisations - les entreprises pas plus que d'autres", affirme le Premier ministre. "C'est ensemble qu'il faut résoudre le problème. J'écarte l'hypothèse d'une mesure brutale de transfert vers les entreprises, c'est clair."

La loi Pacte avant la réforme constitutionnelle 

Quel impact aura l'affaire Benalla, qui a repoussé l'examen de la révision constitutionnelle prévu cet été, sur le calendrier des réformes ? "Nous allons examiner d'abord la loi Pacte à partir de la fin septembre, car nous voulons concentrer en cette rentrée notre action sur les chantiers économiques", répond Édouard Philippe. Présentée en juin par Bruno Le Maire, la loi doit "booster" la croissance des entreprises en renouant avec "l'esprit de conquête", selon le ministre de l'Économie. 

"La révision constitutionnelle sera présentée dès que possible au cours de la session ordinaire", précise le chef du gouvernement. "C'est un décalage de quelques mois tout au plus."

Les cotisations sociales sur les heures supplémentaires supprimées dès 2019

Au chapitre des mesures favorables au pouvoir d'achat des Français, Édouard Philippe évoque à plusieurs reprises la suppression progressive de la taxe habitation. Le Premier ministre annonce aussi que la suppression des cotisations sociales sur les heures supplémentaires, qui semblait prévue pour 2020, entrera en vigueur dès le 1er septembre 2019. "Pour une personne payée au Smic, cette mesure représentera en moyenne plus de 200 euros par an", affirme-t-il.