Présidentielle : la primaire à gauche, une fausse bonne idée ?

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Nicolas Beytout
A gauche, l'idée d'une primaire n'est toujours pas enterrée et ce alors même que la plupart des candidats refusent d'y participer. Pour notre éditorialiste Nicolas Beytout, la primaire est morte dans l'œuf du fait des différences idéologiques entre les candidats mais aussi parce qu'elle a été amenée trop tard dans le calendrier.
EDITO

Christiane Taubira a fait jeudi un pas de plus en direction de la présidentielle en expliquant qu’elle y réfléchissait "très, très, très sérieusement". En "langage Taubira", cela peut s'interpréter de la manière suivante : "je réfléchis très, très, très sérieusement à être en capacité d’agir sur l’amélioration de la vie des Français". Il faut se rendre à l'évidence que le "parler taubiresque" est aussi tortueux que la stratégie taubiresque.

Alors qu’elle était restée pendant des mois en retrait de l’actualité présidentielle, l’ancienne ministre de la Justice de François Hollande a déboulé dans le jeu politique à la toute fin de 2021 pour envisager (seulement envisager) de se lancer dans une primaire de la gauche. Or à ce jour, la dite primaire populaire a de plus en plus de plomb dans l’aile, ce qui n’empêche pourtant pas Christiane Taubira de soutenir qu’elle veut de plus en plus y aller.

Hidalgo fait volte-face... deux fois

Pendant ce temps-là, Anne Hidalgo, initialement contre la primaire mais qui avait fini par y consentir, a entamé une nouvelle volte-face en expliquant que, finalement, il ne fallait peut-être pas participer à la primaire de la gauche. Deuxième virage à 180°, soit un tour complet sur elle-même.

Alors que chez Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon et Fabien Roussel, c’est beaucoup plus simple : pour le leader des Verts, celui de La France insoumise, et celui du Parti communiste, c’est non depuis le début, et ça restera non.

Personne ne veut de cette primaire

Il n'y aura vraisemblablement pas de primaire populaire. En tous cas, si elle avait lieu, elle se résumerait à un simulacre de primaire ne réunissant qu’une fraction minoritaire de la gauche. La réalité, c’est que personne, à gauche, n’a intérêt à ce qu’elle ait lieu. C’est un fait.

La gauche plafonne actuellement dans les sondages aux alentours de 25-26%. C’est un score cruel, historiquement bas et qui la condamne à une défaite certaine. Ou, pour l’exprimer autrement, aucun des candidats de gauche n’a aucune chance de gagner, même accidentellement.

L'important, c'est de participer 

Mais, comme dirait Pierre de Coubertin, l’essentiel, c’est de participer. Et pas seulement pour la beauté du sport ou pour collectionner les cicatrices (c’est important, paraît-il, les cicatrices en politique - ça forge une personnalité). S’il faut participer à l’élection présidentielle, c’est aussi pour pouvoir être là après, au moment où pourra recommencer le travail de reconstruction de la gauche.

Alors, bien sûr, les candidats qui auront subi une correction ne seront peut-être plus en situation de ramasser les débris. Mais, les partis politiques, si. Donc un parti absent de ce rendez-vous majeur de la vie démocratique française, c’est un parti qui risque d’être effacé après.

L'idée de la primaire populaire aurait pu être bonne, mais plusieurs mois avant. Un scrutin de grande ampleur aurait pu créer une dynamique, une spirale ascendante qui emmène la gauche vers des scores inenvisageables aujourd’hui.

Des programmes trop disparates à gauche

Mais là, c’est trop tard. Les différents candidats et candidates théoriques défendent en effet des lignes politiques trop disparates, trop éloignées pour pouvoir espérer construire un socle commun. Quand on regarde les programmes, ou les premières bribes qui ont été dévoilées, on est frappé par le nombre de sujets de désaccords entre les multiples composantes de la gauche : sur la politique économique, sur le nucléaire, sur la défense et la diplomatie.

Il n’y a en fait que sur un rétablissement de l’ISF qu’il y a une sorte de consensus-réflexe, mais ça ne suffit pas à tenir tout un quinquennat. Cette primaire, c’est François Hollande qui en parle le mieux : si ça devait avoir lieu, explique l’ancien président socialiste, "ça aurait dû être préparé depuis longtemps. Ça ne s’improvise pas". Je ne sais pas comment traduire ça en langage taubiresque, mais tout le monde a bien compris le sens : rideau.