Il n'est "absolument pas question" que l'Espagne quitte la zone Schengen, a affirmé samedi le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, ajoutant que la France avait "une coopération très, très, très bonne avec l'Espagne".
Également interrogé lors d'un point-presse sur la durée du renforcement de la frontière franco-espagnole, Laurent Nuñez a répondu que ce serait le cas "autant qu'il le faudra". Quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc sont entrés illégalement dans l'enclave espagnole de Ceuta en fin de semaine, ce qui a provoqué une crise d'une rare ampleur au sein de l'UE, l'Italie ayant annoncé suspendre temporairement son espace de libre circulation avec l'Espagne.
Vingt-deux dirigeants de l'Union européenne, dont la Première ministre italienne et le chancelier allemand, ont demandé samedi une "visioconférence d'urgence" des ministres européens de l'Intérieur pour évaluer et répondre à la situation créée par l'entrée illégale de milliers de migrants dans l'enclave espagnole de Ceuta.
"Nous ne pouvons permettre que des franchissements massifs et incontrôlés, l'instrumentalisation des migrations ou d'autres menaces hybrides donnent le sentiment qu'il est possible d'entrer illégalement dans l'Union européenne. Et qu'une entrée illégale puisse ensuite se transformer en séjour légal", estiment les 22 signataires d'une lettre ouverte.
"Les événements de ces derniers jours exigent une réponse européenne immédiate et coordonnée", disent-ils dans cette lettre adressée à la présidence irlandaise de l'UE, au président du Conseil européen Antonio Costa et à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
La situation dans l'enclave de Ceuta est "quasiment" revenue à la normale et "presque" tous les migrants arrivés ces derniers jours sont rentrés au Maroc, a annoncé samedi le ministre espagnol de l'Intérieur.
"La crise ne peut évidemment pas être considérée comme terminée (...) mais nous disons que l'évolution est très importante", s'est félicité Fernando Grande-Marlaska lors d'un point-presse depuis Ceuta.
Au moins 67 migrants sont morts en essayant d'entrer à Ceuta, enclave espagnol dans le nord du Maroc, a annoncé ce samedi le ministre espagnol de l'Intérieur, évoquant des "événements tristes, dramatiques".
"En moins de 48 heures, la situation à Ceuta n'a plus rien à voir et un retour à la normale est en cours", a par ailleurs indiqué Fernando Grande-Marlaska lors d'un point-presse depuis Ceuta, à l'issue d'une réunion d'urgence sur cette crise d'ampleur inédite.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a dénoncé samedi l'attitude "égoïste" de certains pays de l'Union euroéenne face à la crise migratoire dans l'enclave espagnole de Ceuta et réclamé une réunion en visioconférence des ministres de l'Intérieur des 27.
"Une telle attitude - motivée par les préjugés, les fausses informations, l'ignorance ou des intérêts politiques - est non seulement contraire au droit européen, au droit humanitaire et aux principes de solidarité qui nous unissent, mais elle va également à l'encontre des intérêts à long terme de l'Europe", a-t-il écrit dans une lettre adressée aux chefs des institutions européennes et consultée par l'AFP.
Dans ce contexte tendu, le Premier ministre Pedro Sánchez, dont le gouvernement défend une approche ouverte en matière migratoire, à contre-courant de nombreux autres pays européens, a appelé vendredi les autres pays de l'UE à "ne pas se diviser".
En déplacement à Ceuta, le dirigeant socialiste, dont le gouvernement a lancé un vaste plan de régularisation de sans-papiers pour lequel près de 1,2 million de demandes ont été déposées par des étrangers en situation irrégulière, avait évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.
À Madrid vendredi soir, plusieurs centaines de manifestants anti-migrants se sont rassemblés devant l'ambassade du Maroc pour "défendre l'identité espagnole", a constaté un journaliste de l'AFP.
Face à cette situation, dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen. Une mesure qui a reçu le soutien des gouvernements finlandais et danois.
De son côté, Madrid s'est insurgée de cette proposition "démagogique" et à la portée incertaine. De plus, les textes européens ne prévoient pas une telle mesure. Emmanuel Macron a demandé au ministre de l'Intérieur de renforcer les contrôles à la frontière espagnole.
Ces derniers jours, l'enclave espagnole de Ceuta a vu plus de 60.000 migrants arrivés sur un territoire qui compte 84.000 habitants en temps normal. Ce sont en très grande majorité des Marocains et principalement des jeunes hommes et des adolescents.
Dès ce vendredi après-midi, les autorités espagnoles ont affirmé que 48.000 d'entre eux étaient déjà rentrés au Maroc. Pour empêcher les migrants de traverser à la nage entre le Maroc et Ceuta, une barrière pneumatique de 500 mètres de long est en cours d'installation dans la mer Méditerranée, a annoncé samedi matin le ministère espagnol de l'Intérieur.
Les images de cette crise migratoire, inédite par son ampleur à Ceuta, a provoqué de vives réactions au sein de l'Union européenne, notamment sur le sujet des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.