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Manon Fossat , modifié à
Vingt-sept migrants ont trouvé la mort mercredi dans le naufrage d'une embarcation au large de Calais, alors qu'ils tentaient de gagner la Grande-Bretagne. Invité de Dimitri Pavlenko sur Europe Matin vendredi, le secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts (EELV) Julien Bayou, a blâmé le comportement de la France sur la question migratoire et a dénoncé les accords du Touquet.

Vingt-sept migrants sont décédés mercredi dans le naufrage de leur embarcation dans la Manche, au large de Calais. Ce drame, qualifié de "tragédie" par le Premier ministre Jean Castex, est le plus meurtrier depuis l'envolée en 2018 des traversées migratoires de la Manche, face au verrouillage croissant du port de Calais et d'Eurotunnel emprunté jusque-là par les migrants tentant de rallier l'Angleterre. Invité sur Europe Matin ce vendredi, Julien Bayou, le secrétaire national d'EELV, a estimé que la France "harcèle les migrants" et a dénoncé les accords du Touquet.

"C'est un drame horrible qui est en fait l'aboutissement d'une période de plus de 15ans où l'on a un blocage. La France, les forces de l'ordre, servent finalement de gardes-frontières pour l'Angleterre en vertu des accords du Touquet que nous devons dénoncer", a-t-il jugé avant de poursuivre. "La France harcèle les migrants et je rejoins le constat des associations. Il y a cette idée très répandue à droite qu'harceler les migrants, ne pas leur permettre de s'installer, est lutter contre l'immigration. Mais ça ne marche pas". Les accords du Touquet prévoient en effet que le Royaume-Uni finance les contrôles et la sécurisation des sites de transit et qu'en échange la France contrôle l'immigration clandestine. 

"Organiser une voie sûre de passage"

Une situation qui pousse le secrétaire national d'EELV à s'interroger. "Qu'est-ce que ça dit de notre société quand le gouvernement demande aux forces de l'ordre d'empêcher les associations de donner à manger aux migrants, de donner des coups de couteaux dans les tentes pour éviter que ces personnes puissent trouver refuge ? Il n'y a plus d'humanité", a lancé Julien Bayou. 

Selon lui, il faut organiser une "voie sûre de passage". "On doit organiser l'accueil à travers l'Europe avec un pont maritime. Ce mythe que durcir les conditions d'accueil freinerait quoi que ce soit, reste un mythe. Depuis 15 ans dans cette région, on a des conditions humaines absolument désastreuses et rien n'avance", a-t-il encore affirmé avant de prendre l'exemple de l'ancien maire écologiste de Grande-Synthe, Damien Carême. "Un jour il a organisé l'accueil. Au début la population était peut-être sceptique mais ça a permis une relative amélioration de la situation, en lien avec Médecins sans frontières", a-t-il assuré. "C'est ce que nous demandons", a appelé Julien Bayou au nom de son candidat à la présidentielle, Yannick Jadot.

Répartir l'effort

Il réclame en effet d'héberger les migrants et dénonce "la folie" de l'accord Dublin II. "L'Angleterre se décharge sur nous et nous paye pour durcir la situation à l'égard des migrants. Les forces de l'ordre françaises essayent de renvoyer les migrants en Italie et ainsi de suite jusqu'à la Turquie. Et puis on paye la Turquie pour contrôler les frontières", a encore dénoncé le secrétaire national. 

"Il y a 4.000 personnes à la frontière avec la Pologne et on a l'impression que l'ensemble du continent est en crise. Donc comme le dit Yannick Jadot, remettons les choses en perspective", a insisté Julien Bayou. "Tout l'enjeu est de ne pas laisser nos voisins, la Grèce, l'Italie ou le nord de la France, concentrer une grande partie des migrants. Répartissons l'effort". Le secrétaire national d'EELV a enfin condamné un "racisme décomplexé" et a appelé à "cesser de considérer l'immigration comme l'alpha et l'oméga de tout le débat public."