Ministère des Sports : Roxana Maracineanu dans le grand bain

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Roxana Maracineanu a été championne du monde de natation en 1998. © AFP
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L’ancienne nageuse a été nommée ministre des Sports à la surprise générale, en remplacement de Laura Flessel. Un sacré défi pour cette (quasi) novice en politique.

PORTRAIT

Son nom parle forcément aux amateurs de sport. L'ancienne nageuse Roxana Maracineanu a été nommée ministre des Sports mardi, quelques heures après la démission surprise de Laura Flessel. Maracineanu, première championne du monde française en natation (en 1998), s’est engagée récemment en politique, devenant conseillère régionale d’Île-de-France en 2010. Elle succède à Laura Flessel, dont le bilan a été critiqué dans le monde olympique et sportif français.

  • Une enfant de réfugiés roumains

L’ascension de Roxana Maracineanu a tout de la belle histoire. Née en 1975 à Bucarest, la petite Roxana arrive en France en 1984 avec ses parents et son frère. Les Maracineanu, fuyant la dictature de Caeucescu, demandent l’asile politique et s’installent alors à Mulhouse, où elle débute la natation. Naturalisée française en 1991, elle n’oublie pas pour autant ses racines, comme elle le racontait l’an dernier au Parisien.

"Je suis retournée en Roumanie dès que j'ai pu, j'y allais pendant les grandes vacances. J'ai arrêté un temps, puis j'ai recommencé avec mes trois enfants. Je veux qu'ils connaissent cette part d'eux-mêmes. Je suis entièrement roumaine et entièrement française", assurait celle qui parle cinq langues (français, allemand, espagnol, roumain et anglais) et qui possède également une maîtrise de sciences et techniques et un diplôme de commerce.

  • La première championne du monde de natation

La petite fille de Bucarest a porté très haut les couleurs de son pays d’adoption. Elle a 22 ans, en 1998, quand elle marque l’histoire du sport français. A Perth, en Australie, Roxana Maracineanu devient la première championne du monde de l’histoire de la natation tricolore, sur 200 m dos. Un exploit immense et inattendu à l’époque, alors que la France attendait un titre planétaire depuis… 1952, et l’or de Jean Boiteux aux JO d’Helsinki.

Deux ans plus tard, elle décroche la médaille d’argent aux Jeux olympiques de Sydney, toujours sur 200 m dos (elle est également championne d’Europe du 200 m dos en 1999). "Roxana a surement participé à faire sauter une partie des verrous de la natation française", estime son ancien entraîneur Lionel Horter, interrogé par L’Equipe.

  • Consultante à Europe 1 et France Télévisions

Retraitée des bassins en 2004, Roxana Maracineanu embrasse une carrière de consultante dans plusieurs médias, dont Europe 1 lors des Jeux olympiques de 2008 et de 2012. L’ancienne nageuse intervient également sur France Télévisions pendant plusieurs années, avant d’être remplacée par Laure Manaudou.

  • Un engagement associatif et politique

Parallèlement à ses activités de consultante, Roxana Maracineanu s’engage dans le monde associatif et crée l'association "J'peux pas, j'ai piscine", qui a pour but d'apprendre à nager au plus grand nombre. Elle se lance dans le grand bain de la politique en 2010 et est élue conseillère régionale d’Île-de-France, apparentée PS, jusqu’en 2015. "De Roumanie, je suis arrivée en France à 9 ans. L'État nous a aidés, accueillis, il ne nous a pas renvoyés dans un charter. J'ai la double nationalité et je suis toujours déchirée. Quand je vois ce que fait la droite, je suis confortée dans ma décision", déclarait-elle au Parisien, en 2010, pour expliquer son engagement à gauche.

En 2015, elle tente, sans succès, de briguer le poste de Directeur technique national (DTN) de la Fédération française de natation (FFN). Elle revient en politique en juillet dernier, quand le Premier ministre Édouard Philippe lui confie une mission pour réduire le nombre de noyades.

  • Le monde sportif l’attend au tournant

Roxana Maracineanu est désormais attendue avec impatience par le monde sportif et olympique. Sa prédécesseure, Laura Flessel, a en effet été vivement critiquée pour ne pas avoir su enrayer la baisse du budget alloué aux Sports (baisse de 7% en 2018), alors même que Paris a obtenu les JO 2024.

Mais le principal chantier inachevé de Laura Flessel reste celui de la réforme du modèle sportif français, dont les fondements remontent à l'époque du général de Gaulle, dans les années 60. Basé sur une tutelle théorique de l’État, ce modèle est jugé dépassé par certains. A Roxana Maracineanu, désormais, de le mener à bien.