Pour Bruno Cautrès, l'affaire Benjamin Griveaux est "un cas qui va faire école"

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Invité d'Europe 1, Bruno Cautrès a réagi à la démission de Benjamin Griveaux, samedi (photo d'archives).
Invité d'Europe 1, Bruno Cautrès a réagi à la démission de Benjamin Griveaux, samedi (photo d'archives). © Lionel Bonaventure/AFP
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Pour Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au CEVIPOF, le retrait de la candidature de Benjamin Griveaux à la mairie de Paris suite à la diffusion de vidéos intimes témoigne d'une exigence de transparence qui peut se révéler dommageable. Il détaille sa position au micro d'Europe 1.
ANALYSE

Que dit la diffusion d'images intimes qui ont poussées au retrait de Benjamin Griveaux de la campagne des municipales à Paris de notre société ? Invité d'Europe 1 samedi, Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au CEVIPOF, estime qu'elle témoigne d'un changement profond de la vie politique française. "Ce qui vient d'arriver à Benjamin Griveaux nous dit en creux des choses très importantes sur la transformation de l'espace public et l'accélération du temps. Il ne s'est passé que quelques heures entre la diffusion de ces vidéos et le renoncement de Benjamin Griveaux". Cela témoigne de "la compression de la séparation de la vie publique et de la vie privée et même la vie intime".

Une "nouvelle société du spectacle politique"

Peut-on parler d'américanisation de la vie politique ? "C'est compliqué, mais il y a aujourd'hui une exigence beaucoup plus forte en matière de transparence, dans un contexte de très fortes tensions économiques, sociologiques et politiques". Pour Bruno Cautrès, cette recherche de transparence "est une des conséquences absolument spectaculaire de cette nouvelle société du spectacle politique du contrôle, de la surveillance généralisée, de tous contre tous, dans laquelle nous sommes, pour le meilleur et pour le pire".

Car si cette exigence a permis "des avancées rendues possibles par le développement des réseaux sociaux, de l'accès plus facile, plus immédiat, de l'information", cela donne aussi selon lui, "le sentiment d'une nouvelle tyrannie de la transparence et de l'information."

Des enseignements à tirer

"Ce n'est pas une très bonne nouvelle pour la démocratie représentative que les élus soient, en permanence, menacés de révélations  sur leur vie intime, sur leur vie personnelle qui n'a absolument rien de politique", explique-t-il encore au micro d'Europe 1. Pour autant, il aurait été impossible d'après lui que Benjamin Griveaux se maintienne : "Je ne pense pas qu'il aurait pu rester". "On imagine mal le candidat pouvant être totalement être concentré sur sa campagne en vivant une telle tragédie personnelle".

Une chose est sure pour Bruno Cautrès, "il y aura là beaucoup d'enseignements à tirer pour les hommes et femmes politiques, de davantage protéger leur vie personnelle. C'est un cas qui va faire école et amener à beaucoup réfléchir sur la régulation. Il y a des mécanismes législatifs qui empêchent cette atteinte à la vie privée. Mais il y a aussi peut être une question de socialisation. Il faut que chacun apprenne davantage à mieux utiliser ces réseaux sociaux."

Europe 1
Par Guilhem Dedoyard