Laïcité : la majorité et l'exécutif toujours autant divisés au lendemain de la polémique sur la vente d’un hijab chez Decathlon

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Alors que l'équipementier français Decathlon a soulevé une vive polémique en envisageant de commercialiser en France un hijab de course, les réactions de certains députés de la majorité trahissent des visions opposées de la laïcité.

Decathlon renonce finalement à proposer à la vente un hijab adapté pour faire de la course à pieds. Il faut dire que le gouvernement s’en est mêlé : "Je préfère la liberté des femmes à la liberté de commerce", a notamment réagi Gérald Darmanin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, mercredi au micro d'Europe 1. "C’est une vision de la femme que je ne partage pas", avait estimé la veille la ministre de la Santé Agnès Buzyn sur RTL. Des prises de position très claires, mais qui ne semblent pourtant pas partagées par toute la macronie.

Des positions tranchées. "La laïcité, ce n’est pas l’athéïsme d’Etat. Cette obsession du voile et de l’islam […] est une exception française dont on se passerait bien", a twitté Aurélien Taché, député LRM du Val-d'Oise, quand sa collègue Aurore Bergé déclare sur Twitter : "Mon choix de femme et de citoyenne sera de ne plus faire confiance à Décathlon, marque qui rompt avec nos valeurs", ajoute-t-elle. Deux réactions, très tranchées, mais qui sont révélatrices de fractures profondes et permanentes au sein de la majorité. Entre des visions de la laïcité, du communautarisme et sans doute de la nation complètement aux antipodes les unes des autre, voilà que renaît un clivage d’autant plus vivace et exacerbé que le sujet est sensible.

Le flou du projet présidentiel. Il est difficile en tout cas de trouver une ligne claire sur la laïcité dans le projet présidentiel d’Emmanuel Macron. À l'exception d'un petit paragraphe seulement sur la laïcité dans lequel figure trois promesses, plutôt que des propositions concrètes : "nous appliquerons strictement le principe de laïcité", "nous n’étendrons pas l’interdiction du voile à l’université", "nous démantèlerons les associations qui sous couvert de religion s’attaquent à la République", peut-on lire sur le site d'En Marche ! Il est difficile de résumer une vision en trois propositions. Un texte pour toiletter la loi de 1905 était dans les tuyaux en fin d’année, il semble désormais dans les limbes.

Emmanuel Macron, lui, s’exprime rarement sur le sujet. Quand il le fait, c’est pour développer sa conception : la République est laïque, pas la société. "Plus un constat qu’une position claire. De quoi laisser place à l’interprétation", estime un cadre du groupe LRM. Et comme si le sujet était glissant jusqu’au sein du gouvernement, une ministre assure qu’aucun débat sur la laïcité n’a eu lieu entre les membres de l'exécutif.

Un débat qui "risque d'être animé". Quelles que soient leur conviction sur le sujet, la plupart des députés marcheurs ont au moins un point d’accord : trouver un corpus commun risque d’être très compliqué tant les visions sont irréconciliables. Comme les ministres, les parlementaires non plus n’ont jamais parlé laïcité ensemble. Ils auront le 20 mars l'opportunité de mettre un peu les choses au clair. Marlène Schiappa organise un débat au sein du mouvement, son titre : "Faire vivre l’esprit de 1905 en 2019". Un député laïcard qui compte s’y rendre l’assure dans un sourire : "ça risque d’être animé".