La fermeture de l'usine Bridgestone de Béthune, un enjeu politique

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Xavier Bertrand a critiqué la fermeture de l'usine Bridgestone de Béthune. 1:54
Xavier Bertrand a critiqué la fermeture de l'usine Bridgestone de Béthune. © CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
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Bridgestone a annoncé mercredi la fermeture de son usine de Béthune, qui emploie 863 salariés. Le gouvernement et Xavier Bertrand, le président LR de la région Hauts-de-France, ont dénoncé une "trahison". Alors que les plans sociaux risquent de se multiplier dans les prochains mois, les politiques ont intérêt à monter au créneau dans ce dossier.

L’annonce de Bridgestone a provoqué l’émoi jusqu’au sommet de l’État. Le groupe japonais, leader mondial sur le marché du pneumatique, va fermer l’usine de Béthune, qui emploie 863 personnes dans le Pas-de-Calais. Aussitôt, le gouvernement et le président LR de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, ont dénoncé une "trahison de la confiance". "La fermeture de l’usine de Béthune est un choc, mais c’est aussi une décision brutale sur la forme et incompréhensible sur le fond", a déclaré le porte-parole de l’exécutif Gabriel Attal. Car elle pourrait bien devenir un symbole, alors que les plans sociaux se multiplient ces derniers mois en raison de la crise du coronavirus.

Une "colère froide" au sein de l’exécutif

Le gouvernement, à l’Elysée autant qu’à Bercy, a le sentiment d’avoir tout fait pour éviter le pire. Un conseiller au ministère de l’Économie parle de la "colère froide" qu’il ressent : "On a régulièrement tendu la main à la direction de Bridgestone, ils ne l’ont jamais saisie." Le groupe japonais a pourtant des échanges réguliers avec les services de l’État. "On avait identifié le manque d’investissement", se désole un acteur du dossier. Depuis plusieurs mois, Bercy proposait pourtant des aides pour moderniser le site et même encore récemment dans le cadre du plan de relance.

Xavier Bertrand se range aux côtés du gouvernement

Dans ce contexte, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, va jusqu’à évoquer une "trahison". "La fermeture de l’usine de Béthune est un choc, mais c’est aussi une décision brutale sur la forme et incompréhensible sur le fond. L’entreprise a sous-investi dans l’usine au profit d’autres sites et a été incapable d’instaurer les conditions d’un dialogue social sain. C’est aussi cette entreprise qui n’a fait aucune proposition quand l’État et la région Hauts-de-France ont présenté des mesures de soutien dans le cadre du plan de relance", a-t-il critiqué.

Xavier Bertrand s’est, lui, immédiatement rangé aux côtés du gouvernement. Dans un communiqué commun avec l’exécutif, le président de la région Hauts-de-France a dénoncé "la brutalité" de cette annonce et demandé à Bridgestone d’étudier des "scénarios alternatifs". Car sa région a déjà été fortement éprouvée par la fermeture de deux importants sites de fabrication de pneus : Continental dans l'Oise (683 salariés en 2010) et Goodyear à Amiens-Nord (1.143 salariés en 2014).

Envoyer le message que l’État est pleinement mobilisé

Selon la direction de Bridgestone, la fermeture du site de Béthune n’est pas directement liée à la crise du coronavirus. D’après le groupe japonais, l'usine connaît des difficultés de longue date et est "la moins performante" parmi la dizaine du groupe en Europe. Bridgestone a également mis en avant la concurrence des marques asiatiques à bas coûts, notamment chinoises. Mais le gouvernement sait que les annonces de licenciements risquent de se multiplier dans les prochains mois. L’exécutif compte donc faire passer le message que l’État est pleinement mobilisé.