Greenpeace bloque une raffinerie de Total qui utilise de l'huile de palme

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Une banderole "déforestation en cours" a été déployée.
Une banderole "déforestation en cours" a été déployée. © Boris HORVAT / AFP
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Des militants de l'ONG Greenpeace ont bloqué mardi l'entrée de la raffinerie de la Mède, près de Marseille, pour dénoncer la production par Total de carburant à base d'huile de palme, source selon eux d'"une déforestation massive".

Des militants de l'ONG Greenpeace ont bloqué mardi l'entrée de la raffinerie de la Mède, près de Marseille, pour dénoncer la production par Total de carburant à base d'huile de palme, source selon eux d'"une déforestation massive". Vers 6h ce 29 octobre, une cinquantaine de personnes vêtues d'orange sont ainsi arrivées devant la raffinerie et ont bloqué le site à l'aide de deux conteneurs, a constaté un photographe de l'AFP. Dans chaque conteneur déposé devant les grilles de l'usine, se trouvaient deux militants avec des victuailles pour "tenir plusieurs jours", ont-ils indiqué à l'AFP. A l'extérieur, deux autres se sont enchaînés.

Des membres de l'ONG ont également pénétré dans le site déroulant une banderole avec "déforestation en cours" sur une des cuves. En fin de matinée, une soixantaine de CRS est alors entrée à l'intérieur du site en vue d'une évacuation, sciant les chaînes avec une disqueuse, a indiqué la préfecture de police. Onze personne ont été interpellées et à midi, il n'y avait "aucun impact sur le fonctionnement de la raffinerie", a indiqué Total à l'AFP.

"La raffinerie de la Mède est un haut-lieu de la déforestation importée en France, qui importe 550.000 tonnes d'huile de palme par an, ce qui correspond à 64% de la consommation française", a dénoncé Clément Sénéchal, chargé de campagne climat et forêt de Greenpeace France. Ce que réfute le groupe pétrolier : "Total s'est toujours engagé à limiter l'importation à 300.000 tonnes, soit moins que l'autorisation dont il bénéficie" fixée à 450.000 tonnes, a rappelé l'entreprise. Selon Total, la raffinerie doit traiter 650.000 tonnes d'huiles et graisses par an et s'approvisionner en huile de palme "durable et certifiée" à hauteur de 300.000 tonnes au maximum. 

Mais pour Clément Sénéchal cette certification "ne fonctionne pas, d'autant que l'industriel indonésien auprès duquel Total se fournit ne respecte pas ses engagements zéro déforestation (...) et même si c'était le cas, une telle demande accroît mécaniquement la pression continue sur la terre". Selon Greenpeace, les agrocarburants à base d'huile de palme importés sont également trois fois plus émetteurs de gaz à effet de serre que les carburants traditionnels. L'utilisation massive d'huile de palme dans l'industrie, des carburants aux cosmétiques en passant par l'alimentation, est accusée par les défenseurs de l'environnement de provoquer une déforestation massive et de menacer la biodiversité des forêts tropicales mondiales. En Asie du Sud-Est et notamment en Indonésie, fin septembre, les ONG ont imputé la responsabilité de vastes feux de forêts aux industriels de l'huile de palme, qui déclenchent des feux pour préparer des parcelles agricoles.

La raffinerie d'agrocarburants de La Mède, une des plus grandes d'Europe, a démarré début juillet, employant directement 250 personnes. Sur un plan judiciaire, Greenpeace France conteste devant le tribunal administratif de Marseille l'autorisation préfectorale délivrée à Total pour ouvrir cette raffinerie de la Mède. Le Conseil constitutionnel a débouté le groupe français le 11 octobre, jugeant que le Parlement pouvait tout à fait supprimer l'avantage fiscal aux carburants à base d'huile de palme. Total avait déposé fin juillet un recours contre la suppression dès 2020 de cet avantage fiscal voté par les députés en décembre 2018, arguant d'"une discrimination incompatible avec la Constitution française et le droit communautaire".