"Gilets jaunes" : les partis politiques tiraillés

, modifié à
  • A
  • A
Si Jean-Luc Mélenchon a indiqué soutenir le mouvement des "gilets jaunes", certains Insoumis ne sont pas du même avis. Des tiraillements partagés par toute l'opposition.
Si Jean-Luc Mélenchon a indiqué soutenir le mouvement des "gilets jaunes", certains Insoumis ne sont pas du même avis. Des tiraillements partagés par toute l'opposition. © Lionel BONAVENTURE / AFP
Partagez sur :
Face à un mouvement de contestation du 17 novembre qui se veut avant tout populaire, les partis politiques sont déchirés entre le soutien et les risques de récupération.

Le gouvernement fera face à la grogne populaire le 17 novembre prochain. Blocages routiers, manifestations, rassemblements dans des stations-service ou des supermarchés… les "gilets jaunes" sont bien décidés à donner de la voix. La majorité se dit sereine et tente de dégonfler le mouvement, tout en faisant quelques gestes sur le fond pour apaiser la grogne. Quant à l'opposition, elle est parfois mal à l'aise, tiraillée entre son soutien aux Français en colère et le risque qu'une récupération soit mal perçue.

 

L'opposition voudrait afficher son soutien…

À droite comme à gauche, l'opposition ne fait pas mystère de la sympathie qu'elle éprouve pour le mouvement des "gilets jaunes". "Le 17 novembre est une auto-organisation populaire dont je souhaite le succès", a ainsi expliqué Jean-Luc Mélenchon la semaine dernière, lors d'un meeting à Pau. "Il faut bloquer la France le 17 novembre, il faut que la population française dise à ce gouvernement : 'maintenant ça suffit'", a renchéri Nicolas Dupont-Aignan, leader de Debout la France. Marine Le Pen, elle, appelait "l'ensemble des cadres politiques et des élus [du RN à être] effectivement aux côtés des manifestants pour exprimer au gouvernement que la situation devient insoutenable". Quant à Benoît Hamon, il a indiqué sur BFM TV "comprendre profondément ce qu'il se passe".

…sans tomber dans la récupération

Mais il est difficile pour cette même opposition de s'engager pleinement aux côtés des Français en colère, sous peine d'être taxée de récupération politique. Du côté du RN, on précise bien que les responsables politiques qui seraient dans la rue le 17 novembre ne doivent pas le faire avec des symboles distinctifs du parti. Et Marine Le Pen elle-même ne participera pas aux actions prévues, son conseiller Philippe Olivier expliquant au Parisien qu'elle ne le fait jamais lorsque la mobilisation n'est pas de l'initiative de son parti. "Nous, on ne fera pas les poches électorales des citoyens", a prévenu Benoît Hamon, fondateur de Génération.s. Quant au député et secrétaire général adjoint LR Fabien Di Filippo, il a précisé sur FranceInfo que les élus de droite présents samedi "n'iraient pas tracter sur les manifestations" mais y participeraient "en tant que citoyen".

La gauche mal à l'aise avec l'extrême droite…

Mais le fait est qu'à l'extrême droite, les mots d'ordre des "gilets jaunes" sont depuis le mois dernier des chevaux de bataille. En témoignent une pétition du RN intitulée "Racket des automobilistes et des motars, ça suffit" et le tract "Non au racket des automobilistes" de Debout la France. Dès lors, il est très compliqué pour la gauche de s'engager pleinement aux côtés d'un tel mouvement. Dans un communiqué, le NPA a dénoncé "la droite extrême et l'extrême droite à la manœuvre". Pour Clémentine Autain, députée insoumise, pas question de "défiler à l'appel de Minute et avec Marine Le Pen".  Mais elle reste minoritaire au sein du mouvement, puisque François Ruffin comme Jean-Luc Mélenchon ont estimé plus judicieux de ne pas laisser le monopole de la colère à l'extrême droite. Le premier sera bien présent aux côtés de manifestants le 17 novembre.  

…mais aussi avec les revendications de fond

Sur le fond aussi, il est difficile pour les partis de gauche, qui considèrent l'écologie comme une priorité, de soutenir pleinement une manifestation dont l'objet premier de la colère est la hausse des tarifs du diesel. "Cette mobilisation est porteuse d'une vieille revendication du patronat routier", estime ainsi le NPA. Le porte-parole d'EELV, Julien Bayou, confie quant à lui à L'Express que son parti "ne peut pas s'associer à un mot d'ordre qui appelle à revenir sur [la] taxe carbone".

Quant au parti socialiste, il est bel et bien tiraillé. Son candidat à la présidentielle, Benoît Hamon, était favorable à la hausse de la fiscalité sur le diesel. D'un autre côté, difficile de refuser une occasion de s'opposer à la politique gouvernementale. Le PS a donc trouvé la parade en disant défendre le "pouvoir d'achat" des Français et en soulignant que les bénéfices de la taxation du diesel ne profitent que partiellement aux investissements dans la transition énergétique. Une "arnaque", selon le parti d'Olivier Faure, qui justifie son soutien aux manifestants du 17 novembre.

La droite embêtée par les blocages

À droite subsiste également un malaise. Les Républicains ont édité un tract demandant la fin du "racket des automobilistes", distribué à plus d'un million d'exemplaires. Laurent Wauquiez a prévu de participer à un rassemblement en Haute-Loire et "'certains élus vont se joindre à des manifestations", a indiqué la porte-parole Lydia Guirous le week-end dernier. Mais pas question pour le parti de droite de cautionner des blocages, pourtant bien prévus par les manifestants. C'est "la limite, qui est très claire", a prévenu Lydia Guirous. Et Fabien Di Filippo d'expliquer : "On ne souhaite pas un blocage du pays qui serait pénalisant pour nos concitoyens."