Fillon condamné : "Une décision sévère qui le rend encore plus combatif", selon son avocat

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Selon Me Antonin Lévy, l'appel de la décision du tribunal correctionnel "a été introduit sans l'ombre d'un doute, parce que ce jugement se contredit dans tous les sens". © Europe 1
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François et Pénélope Fillon ont été jugés coupables, lundi, lors de leur procès pour des soupçons d'emplois fictifs. Invité d'Europe 1, lundi soir, l'avocat de l'ancien Premier ministre a déploré le silence du tribunal quant aux déclarations de l'ex-procureure du parquet national financier, et dénoncé une "sévérité non justifiée" pour une peine dont il estime qu'elle a été fixée d'avance.
INTERVIEW

"C'est une décision injuste", réagit Me Antonin Lévy. Invité d'Europe 1, lundi soir, l'avocat de François Fillon est revenu sur la décision du tribunal correctionnel dans l'affaire des emplois fictifs de son épouse Pénélope. Jugés coupables, l'ancien Premier ministre a été condamné à cinq ans de prison, dont deux ferme, tandis que son épouse a, elle, été condamnée à 3 ans de prison avec sursis.

"Elle est injuste pour plusieurs raisons", poursuit l'avocat. "Sa sévérité n'est pas justifiée dans la motivation qui est la sienne : on a repris les éléments du juge d'instruction en les copiant-collant dans une décision, pour une peine qui était, je crois, fixée d'avance". Par ailleurs, Me Lévy dénonce le silence quant aux déclarations de la procureure du parquet national financier (PNF). Vendredi, la défense avait en effet demandé la réouverture des débats, après que l'ancienne cheffe du PNF, Éliane Houlette, a affirmé avoir mené l'enquête sous la "pression" du parquet général. "Tout cela est absent, pas un mot, pas une ligne dans ce jugement", déplore l'avocat.

"Ce jugement se contredit dans tous les sens"

"C'est rarissime de voir un travail qui a été fait par la défense, de voir les éléments qu'on a pu produire, de voir les trois semaines de débats, écartés en quelques pages", dénonce-t-il encore, évoquant 42 attestations versées au débat "dont on considère en deux pages et un paragraphe qu'elles ne sont pas probantes", et quatre témoins entendus pendant une après-midi, "dont on vous explique en deux paragraphes que ce n'est pas suffisant".

Immédiatement après la décision, la défense a fait appel. "Il a été introduit sans l'ombre d'un doute, parce que ce jugement se contredit dans tous les sens", explique Me Antonin Lévy, qui s'interroge sur la possibilité que cette décision de condamnation ait été "écrite à l'avance".

"Une décision sévère qui le rend plus combatif"

Pour ce qui est de la réaction de François Fillon, son avocat l'assure : "C'est une décision sévère qui le rend encore plus combatif". Évoquant une décision prise sans que les juges ne tiennent compte des éléments à décharge et des explications que son client a pu fournir, Me Lévy estime que "l'on s'est simplement focalisé, avec une forme de mauvaise foi, sur le fait que la défense qu'il a pu apporter n'était pas convaincante". Pourtant, ajoute-t-il, "ça parait négligeable quand c'est balayé en deux pages, mais 42 attestations de personnes qui attestent du travail de Pénélope Fillon, c'est plus que la totalité des témoins de l’accusation réunis dans le cadre de l’enquête".

Si l'avocat rappelle avoir fait appel de la décision, celui-ci affirme que le procès en appel sera encore plus intéressant que le premier en première instance, au regard des commissions d'enquête qui sont en cours, et "le début de grandes révélations que l'on va avoir dans ce dossier".

Le procès en appel n'effraie pas la défense, au contraire. "De très nombreuses choses vont pouvoir être faites", soutient l'avocat. "On va pouvoir approfondir la question de l’ingérence du PNF dans le dossier, on va pouvoir s'intéresser aux pressions qu'a subi la procureure, et s'interroger aussi sur la manière dont les juges d’instance ont été désignés et dont l’enquête a été conduite".

"On a cherché à punir l'homme politique qu'il n'est plus"

Le tribunal correctionnel, qui n'a pas prononcé de mandat de dépôt, lundi, a assorti la condamnation de François Fillon d'une amende de 375.000 euros et d'une peine d'inéligibilité de dix ans. Une peine qui, selon Me Antonin Lévy, n'a aucun sens, son client s'étant retiré de la vie politique. "Ce qu'on a cherché à punir, ce n'est pas l'homme qu'il est, c'est l'homme politique qu'il n'est plus", dit-il. "Il y a une sorte de discordance entre la sanction que l'on veut prononcer, et l'homme que l'on veut punir".

Aussi, achève-t-il, "il est essentiel que les hommes et femmes politiques puissent répondre des actes qu'ils ont pu commettre devant des juridictions, ils ne sont pas au dessus des lois, mais il ne sont pour autant en dessous". En effet, Me Antonin Lévy estime que le traitement de "défaveur" dont bénéficient le personnel politique devant les juridictions pénales" doit changer. "L'homme politique n'est pas un justiciable comme les autres aujourd'hui, et les juridictions d'exception ne doivent pas exister en France".

Europe 1
Par Pauline Rouquette