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EXCLU E1 - Lyhanna : «Quand vous dites qu'on a l'impression d'être entouré de prédateurs, ce n’est pas loin d'être vrai» : la phrase choc de Darmanin aux parlementaires

Exclu E1 - Violences sur mineurs : Gérald Darmanin réunit les parlementaires de la majorité [Telmo Pinto / NurPhoto / NurPhoto via AFP]

En exclusivité, Europe 1 a assisté à une réunion de crise tenue ce mardi soir à la Chancellerie, où le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, et le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, ont convoqué une centaine de parlementaires du socle commun et des Républicains pour tenter d'endiguer la tempête politique. 

Le ton était grave, parfois accablé. Ce mardi soir, derrière les portes closes de la Chancellerie, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez ont réuni une centaine de parlementaires pour les "armer" politiquement face à la colère qui monte dans le pays après la mort de la petite Lyhanna, et des défaillances judiciaires qui ont permis à Jérôme Barella de récidiver malgré les signalements en gendarmerie. 

"On veut vous donner des arguments pour que vous puissiez répondre aux questions et aux colères légitimes", a justifié le ministre de la Justice devant l'Assemblée. Avant d'insister : "Ce drame est un dysfonctionnement individuel". 

"Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas été interpellé"

Laurent Nuñez n'a pas caché sa perplexité face au fiasco judiciaire et policier. "Ce qui s'est passé est incompréhensible. L'enquête administrative doit nous expliquer ce qui s'est passé en gendarmerie. Je ne comprends pas pourquoi Jérôme Barella n'a pas été interpellé. À l'évidence, il y a une faute professionnelle. On ne souhaite disculper personne dans cette affaire", a-t-il déclaré.

Des mots forts, qui tranchent avec les premiers éléments de langage gouvernementaux évoquant de simples "lenteurs administratives". Une formule qui a fait bondir plusieurs élus présents dans la salle. "J'ai du mal à entendre qu'il s'agit d'une lenteur administrative : c'est une faute professionnelle. Comment, en 2026, peut-on banaliser le viol d'une petite fille quand on est magistrat ?", a lancé l'un d'eux, sous les murmures approbateurs de ses collègues.

Un piège politique redouté 

La réunion n'était pas seulement technique. Elle était aussi ouvertement stratégique. Certains parlementaires ont alerté sur les risques de récupération. "On entend beaucoup de relents populistes, 'peine de mort', 'justice soi-même' etc. Il faut faire front avec Gérald. C'est un terrible piège politique", a confié le député Jean-René Cazeneuve.

D'autres ont profité de l'occasion pour pousser leurs dossiers : "On attend quoi pour reprendre les 82 propositions de la Ciivise ?", interpelle une sénatrice, en référence à la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants.

Un projet de loi annoncé pour juillet 

En réponse, Gérald Darmanin et Laurent Nuñez ont esquissé les contours des réformes attendues dans un projet de loi qui sera présenté mi-juillet à l'Assemblée nationale. Parmi les mesures envisagées : encadrer les actes d'enquête pour violences sur mineurs à trois mois maximum, réduire les délais d'audience, aujourd'hui compris entre six et huit mois, et inscrire dans la loi ce qui ne relevait jusqu'ici que de simples circulaires.

"Entouré de prédateurs"

Mais c'est sans doute la conclusion du ministre de la Justice qui a le plus marqué les esprits. Évoquant ce qu'il appelle désormais un "contentieux de masse", avec 14 000 mises en cause par an pour violences sexuelles sur mineurs, soit trois fois plus qu'il y a sept ans, Gérald Darmanin a lâché cette phrase : "Quand vous dites qu'on a l'impression d'être entouré de prédateurs, ce n’est pas loin d'être vrai". 

Un aveu de l'ampleur du phénomène, qui donne la mesure du défi législatif, judiciaire et humain qui attend le gouvernement dans les semaines à venir.