Le frère de Jérôme B., principal suspect dans l'affaire Lyhanna, a été mis en examen dans le cadre de deux enquêtes pour viol, commis sur des anciennes compagnes, a annoncé mercredi le procureur d'Agen Olivier Naboulet.
"A l'issue de son interrogatoire de première comparution au cours duquel il a exercé son droit au silence, Yannick B. a été mis en examen", a déclaré le procureur dans un communiqué, précisant que le suspect a été relâché et placé sous contrôle judiciaire, une décision dont le parquet a fait appel.
Sébastien Lecornu a annoncé mercredi devant le Sénat qu'il allait prendre dans les "tout prochains jours" un décret sur "la nécessité de motiver" les classements sans suite des plaintes concernant les crimes sexuels sur des mineurs, en réponse à la colère suscitée par l'affaire de la mort de la jeune Lyhanna.
"La nécessité de motiver un classement sans suite par un procureur, lorsqu'il y a un classement sans suite sur une affaire criminelle qui concerne un mineur, en tout cas un crime sexuel, typiquement c'est du décret. La rédaction de ce décret est déjà en cours et je le prendrai avec le Garde des sceaux dans les tout prochains jours", a affirmé le Premier ministre lors de la séance des questions au gouvernement.
Le principal suspect dans l'affaire Lyhanna avait fait l'objet de plusieurs plaintes, dont certaines avaient été classées sans suite.
Sébastien Lecornu a reconnu mercredi devant le Sénat un problème de "moyens" pour l'institution judiciaire mais pas dans l'affaire de la mort de la jeune Lyhanna, 11 ans, alors que la famille de la collégienne considère que ces moyens sont "le coeur du problème".
"Les premières remontées" de la gendarmerie et des parquets "laissent à démontrer des dysfonctionnements" dans l'affaire Lyhanna "qui n'ont rien à voir avec un problème de moyens, (...) ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas un sujet de moyens pour l'institution judiciaire", a affirmé le Premier ministre lors de la séance des questions au gouvernement.
L'avocat des parents de Lyhanna avait estimé mardi que les "moyens qu'on accorde à la justice et à leur efficacité" étaient "le vrai coeur du problème".
Le Sénat a décidé mercredi de lancer une commission d'enquête sur les dysfonctionnements de la justice et le pilotage de la politique pénale, en réaction au choc suscité par la mort de la jeune Lyhanna. La commission des Lois de la chambre haute a acté la constitution d'une mission d'information sur "le pilotage de la politique pénale et la prévention de ses dysfonctionnements" dans la matinée, a indiqué sa présidente Muriel Jourda.
Cette mission d'information demandera l'octroi des pouvoirs de commission d'enquête, ce qui lui donnera des prérogatives d'audition et d'investigation élargies. "Nous voulons dresser un état des lieux global de la réalité des problèmes de la justice, dépassant largement le cadre de l'enquête sur la disparition de Lyhanna", avait expliqué mardi soir à l'AFP le groupe Les Républicains, à l'initiative de cette demande.
La constitution d'une commission d'enquête avait été mise sur la table par le président du groupe LR, Mathieu Darnaud, et le président des Républicains, Bruno Retailleau, après avoir échangé à ce sujet durant le week-end.
Emmanuel Macron a déclaré mercredi en Conseil des ministres que l'affaire Lyhanna, où "il est évident qu'il y a eu des dysfonctionnements manifestes", posait "la confiance en nos institutions", selon la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Faisant part "de l'émotion de la Nation" et "de l'affection et la solidarité avec la famille", il a jugé que "le respect, le soutien et la décence devraient l'emporter". "On ne répond pas à un drame par des cris. La précipitation et la démagogie sont des réponses qui ne sont pas à la hauteur", a-t-il ajouté.