Européennes : pour EELV, la vraie bataille commence maintenant

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Yannick Jadot fête sa victoire, dimanche, après l'arrivée en 3e position aux européennes de la liste EELV
Yannick Jadot fête sa victoire, dimanche, après l'arrivée en 3e position aux européennes de la liste EELV © STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
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Arrivé troisième à la surprise générale, Europe Ecologie-Les Verts a su parler aux électeurs jeunes et indécis sans nationaliser le scrutin. Reste à savoir si le parti saura capitaliser sur cette victoire.
ON DÉCRYPTE

"Nous sommes ce soir la troisième force politique en France". La seule à pouvoir n'avoir aucun regret aussi, en plus d'être celle que personne n'avait vu venir. Dimanche, la liste EELV candidate aux européennes emmenée par Yannick Jadot est arrivée en troisième position, derrière le Rassemblement national et LREM mais devant Les Républicains, avec 13,47% de suffrages exprimés. Un succès certain, qui n'est pas sans rappeler le record de 2009, lorsqu'avec 16,28% des suffrages, Daniel Cohn-Bendit avait proclamé le "D-Day de l'écologie politique". Dix ans plus tard pourtant, cette écologie politique semblait avoir pris du plomb dans l'aile, entre des résultats électoraux décevants et des luttes intestines perpétuelles. À charge pour Yannick Jadot, donc, de capitaliser plus efficacement sur cette victoire que ses prédécesseurs ont su le faire sur celle de 2009.

Un parti qui a su incarner l'intention et l'action

L'eurodéputé sortant a attribué sa victoire d'abord à l'importance prise par la question écologique dans la campagne. "Les Françaises et les Français nous ont envoyé un signal très clair, ils veulent que l'écologie aussi soit au cœur de notre vie", a-t-il souligné dans son discours de victoire. Mais ce n'est pas la seule explication au score d'EELV. Pour Karima Delli, sixième sur la liste, les écologistes ont eu l'intelligence de ne pas nationaliser le scrutin, contrairement à beaucoup d'autres partis. "On a fait de ces élections soit un référendum anti-Le Pen, soit un référendum anti-Macron. Ce qui est une vraie bêtise", estime-t-elle au micro d'Europe 1.

Pour Edouard Lecerf, directeur général adjoint de l'institut BVA, EELV a su représenter, "pour un nombre non négligeable de Français, une proximité entre une idée, une intention, et potentiellement une action". "Yannick Jadot a toujours dit qu'il allait se retrouver avec d'autres élus au niveau européen pour mettre en œuvre des choses très concrètes, très tangibles", souligne le sondeur.

Cela a particulièrement plu aux personnes éduquées et aux jeunes, chez qui EELV fait ses meilleurs scores : 25% des 18-24 ans et 28% des 25-34 ans ont glissé un bulletin vert dans l'urne dimanche, selon une enquête Ipsos réalisée avant le vote. Les écologistes ont aussi su retourner les indécis. Selon cette même enquête, 40% de ses électeurs ont attendu les derniers jours pour se décider, et 15% hésitaient encore la veille.

L'épreuve de l'exercice du pouvoir

Preuve donc, aussi, que cet électorat peut être volatile. À charge pour Yannick Jadot de le fidéliser désormais. "Notre responsabilité est aujourd'hui, forts de ce résultat, de nous dépasser pour bâtir le grand mouvement de l'écologie politique capable de conquérir le pouvoir et de l'exercer", a déclaré la tête de liste dimanche soir.

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C'est bien cet enjeu de l'exercice du pouvoir qui va se poser aux écologistes. Au niveau européen, ils y sont habitués et pourront compter sur les bons résultats de leurs homologues dans les autres pays, notamment les Grünen allemands qui ont dépassé les 20% de suffrages outre-Rhin. "On travaille déjà [avec d'autres partis] sur des projets", souligne Karima Delli. Mais que se passera-t-il au niveau national ? Cette victoire aux européennes peut-elle préfigurer une prise d'importance des écologistes sur la scène politique française ? À gauche, l'éparpillement des voix entre la liste LFI, celle d'EELV, celle de Place Publique et celle de Génération.s a donné, plus que jamais, des envies de rassemblement à certains. "Je ne suis pas pour rentrer dans des logiques de vieux partis politiques", balaie Karima Delli. "On est sur des batailles, on n'est pas là pour faire de la petite politique politicienne." Yannick Jadot, lui, a dit "assumer la responsabilité" d'un nouveau leadership à gauche et vouloir "rassembler largement pour gagner et conquérir le pouvoir".

Trouver sa voie et rester original

Mais des convergences semblent d'autant plus difficiles à mettre en place qu'EELV marche sur une ligne de crête et louvoie entre une remise en cause du capitalisme induite par les combats écologistes et une acceptation de l'économie de marché. "Les écologistes sont pour le commerce, la libre entreprise et l'innovation", avait déclaré Yannick Jadot pendant la campagne dans un entretien au Point. Il s'était immédiatement pris une volée de bois vert de Jean-Luc Mélenchon, qui l'avait accusé de vouloir "récupérer une partie des électeurs de Macron". Le fait que, dans son discours de victoire, Yannick Jadot ne prononce pas une fois le mot "gauche", a fini de convaincre certains militants qu'il n'en faisait pas partie.

Reste alors à EELV à cultiver son originalité à l'heure où de nombreux partis se verdissent. L'écologie a ainsi pris une place prépondérante chez LFI, au PS et chez Génération.s. Dimanche soir, Edouard Philippe a aussi fait un geste en ce sens en déclarant que la majorité avait bien "reçu le message sur l'urgence écologique". Pour garder l'avantage, EELV devra donc prouver que l'original vaut toujours mieux que la copie. Un adage qui s'est déjà vérifié dimanche.