EDITO - Grèves : "Pour Macron, parler maintenant serait s’exposer inutilement"

, modifié à
  • A
  • A
Partagez sur :
Le président de la République ne s’est pas ou peu exprimé depuis le début de la mobilisation contre la réforme des retraites, qui en est lundi à son douzième jour. Pour notre éditorialiste Nicolas Beytout, c’est une stratégie normale, et une prise de parole présidentielle avant la fin de l’année dramatiserait encore la situation.
EDITO

>> Alors que les grèves contre la réforme des retraites se poursuivent, alors que nombre de Français se demandent s’ils pourront rejoindre leur famille pour les fêtes de Noël, alors qu’Edouard Philippe est sur le front depuis de nombreux jours, Emmanuel Macron reste pour l’heure silencieux. Pour notre éditorialiste Nicolas Beytout, même si le président de la République est critiqué par certains pour son mutisme, c’est bel et bien un choix logique de sa part.

La grève entre dans son douzième jour, et la question que beaucoup de Français ont en tête, c’est : est-ce qu’il y aura des trains à la fin de la semaine, pour les vacances de Noël ? Le sujet est dans toutes les conversations des gens qui avaient un projet de se réunir en famille pour cette grande fête de Noël.

Bras de fer

Et c’est sur ce point que le gouvernement a axé sa communication, ce week-end. Edouard Philippe a mis en garde les grévistes qui prendraient le risque de bloquer le pays et d’empêcher le bon déroulement de cette fête, pendant que d’autres membres du gouvernement estimaient même que ce serait insupportable. Une façon, bien sûr, de mettre la pression sur les grévistes…

Et s’il y a peu de chances de faire céder les grévistes en général, c’est possible pour certains grévistes. Il y a ceux qui ne bougeront pas, et qui en font même un instrument de chantage au gouvernement. C’est le cas de la CGT qui, avec une mauvaise foi et un cynisme assumés, explique que tout est de la faute du gouvernement qui n’a qu’à retirer son projet. Rhétorique classique dans ce genre de bras de fer.

Et puis il y a ceux comme l’Unsa, l’autre syndicat très puissant dans les transports publics, qui a un discours moins agressif. Ou comme la CFDT qui n’est pas contre la réforme dans son ensemble, mais contre la fameuse mesure de l’âge pivot à 64 ans, et qui est beaucoup plus attentive à l’image des syndicats dans l’opinion publique. Laurent Berger a carrément dit qu’il ne souhaitait pas "de blocage des transports pour Noël" et qu’il ne fallait pas "faire payer l’addition aux usagers".

Détermination du gouvernement et popularité du président

C’est donc plus que jamais l’opinion publique qui sera l’arbitre. Il faut surveiller les sondages sur la réforme, et pas seulement sur la question de savoir si elle est comprise ou pas, si elle est admise ou pas. Non il y a deux autres indicateurs à surveiller : le premier, c’est : est-ce que vous pensez que le gouvernement ira jusqu’au bout ? "Oui", répondent près de 3 Français sur 4. Et ce chiffre monte, depuis quelques jours. Dans ce rapport de force avec les grévistes, cette détermination prêtée au gouvernement est évidemment une donnée essentielle.

Et puis l’autre indicateur, c’est la popularité d’Emmanuel Macron. Selon l’Ifop, elle est en très légère hausse, à 34%, mais en hausse quand même. Dans un moment politique aussi tendu, ça compte beaucoup.

Et justement, au douzième jour de grève, Emmanuel Macron est toujours silencieux ou presque. Et il a raison. Il a fait une petite déclaration en marge d’une réunion internationale, avant le week-end, pour dire que c’était une réforme "de refondation", une réforme "historique pour le pays". Mais parler maintenant serait s’exposer inutilement. C’est le Premier ministre qui conduit la réforme, et qui tient la ligne. C’est lui qui assume le risque politique, et si le chef de l’Etat se trouvait obligé d’intervenir avant la fin de l’année, ce serait mauvais signe.

Europe 1
Par Nicolas Beytout