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Groenland : que se passerait-il si un État membre de l’Otan violait la souveraineté d'un autre État membre ?

Les récentes déclarations américaines sur le Groenland ont ravivé les inquiétudes sur le Vieux Continent. [© NICOLAS TUCAT / AFP]

L’hypothèse d’un conflit entre deux membres de l’Otan, notamment autour du Groenland, met en lumière une faille majeure de l’Alliance. Conçu pour faire face à une menace extérieure, le traité ne prévoit aucun scénario d’agression interne, fragilisant sa crédibilité stratégique.

Que se passerait-il si l'impensable devenait réalité ? Si un État membre de l’Otan décidait d’en attaquer un autre ? L’idée d'une prise de contrôle du Groenland par les États-Unis relève encore de la fiction, mais elle expose une faille béante du traité fondateur de l'organisation l'Atlantique nord.

Ce texte, pensé dans un contexte de guerre froide, n’a jamais envisagé un conflit interne entre alliés.

L’article 5 face à ses limites

Pilier sacré de la défense collective, l'article 5 repose sur un principe simple. Toute attaque armée contre un État membre est considérée comme une attaque contre tous. Un mécanisme dissuasif, conçu pour répondre à une menace extérieure. Mais lorsque l'agresseur provient du cœur même de l'Alliance, le traité devient silencieux et inopérant.

La Première ministre danoise Mette Frederiksen l'a récemment résumé sans détour : "Si les États-Unis attaquent un allié de l'Otan, tout s'arrête". L'Alliance pourrait continuer d'exister formellement, mais son socle politique et stratégique serait profondément fissuré, au bénéfice de puissances rivales comme la Russie.

Cette fragilité n’est pas nouvelle. Durant la campagne présidentielle américaine de 2024, Donald Trump avait conditionné la protection des États-Unis au respect des engagements budgétaires des alliés. Les pays ne consacrant pas 2 % de leur PIB à la défense n'étaient plus assurés d'un soutien automatique. En février, son secrétaire à la Défense Pete Hegseth l'a confirmé. L'Europe n’est plus une priorité stratégique.

Si le sommet de l’Otan de juin 2025 a officiellement permis d’apaiser les tensions, les récentes déclarations américaines sur le Groenland ont ravivé les inquiétudes sur le Vieux Continent.

Le retour du rapport de force

Dans ce contexte, la résurgence des convoitises autour du Groenland a agi comme un électrochoc. Washington a ravivé ses prétentions sur ce territoire arctique, allant jusqu’à remettre en cause la souveraineté historique du Danemark, pourtant allié de longue date.

Aucun autre membre de l’Otan n'envisagerait sérieusement une défense militaire du Groenland face aux États-Unis. Stephen Miller, conseiller de Donald Trump, l'a assumé clairement sur CNN après la capture de Nicolas Maduro au Venezuela : "Dans ce genre de situation, ce ne sont ni les traités ni la solidarité qui tranchent, mais le rapport de force".

Le déséquilibre est massif. Les États-Unis comptent environ 1,3 million de militaires en activité, contre un peu plus de 7.000 professionnels pour le Danemark. En 2025, le budget de défense américain devrait atteindre 1,45 milliards de dollars.

Une faille sans solution juridique

Le traité de l'Otan ne prévoit aucun mécanisme clair d’exclusion ou de sanction contre un allié dominant. Son préambule évoque la nécessité de "vivre en paix" et de préserver une civilisation commune, mais ces principes, hérités d'une autre époque, n'ont jamais été conçus pour gérer une agression interne.

Reste une certitude, si un membre de l’Alliance venait à se retourner contre un autre, la crédibilité de l'Otan pourrait être durablement entamée. Une organisation créée il y a 76 ans pour garantir la paix en Europe et dans l’Atlantique Nord se retrouverait confrontée à sa propre contradiction.