Mis en examen pour des soupçons de conflits d'intérêts, Eric Dupond-Moretti va-t-il pouvoir rester au gouvernement ? Si le ministre de la Justice garde "toute la confiance" du Premier ministre Jean Castex , les appels se multiplient dans l'opposition pour réclamer la démission du garde des Sceaux. Invité samedi d'Europe 1, un de ses prédécesseurs à la Chancellerie, Jean-Jacques Urvoas, rappelle qu'Eric Dupond-Moretti peut légalement tout à fait rester en poste. Mais il estime que sa position est désormais très délicate, ce qui pourrait venir perturber son action au sein de l'exécutif.
"Rien n'oblige" Eric Dupond Moretti à démissionner, assure Jean-Jacques Urvoas, "et qu'il n'en ait pas l'intention, ça peut se comprendre". D'ailleurs, rappelle-t-il, "la mise en examen n'est pas une reconnaissance de culpabilité". Et de rappeler le cas de l'ex-ministre Eric Woerth, lui aussi suspecté de prise illégale d'intérêt. "Au bout de quelques mois d'analyse, le juge avait conclu à un non-lieu."
Un ministre à "la parole affaiblie"
Reste que le maintien de l'ex-avocat au gouvernement "le met dans une situation délicate", indique Jean-Jacques Urvoas, pour qui le garde des Sceaux va se retrouver dans une "position très inconfortable", notamment à partir de la rentrée, où plusieurs importants rendez-vous politiques l'attendent. "En septembre, il est devant le Sénat pour défendre le projet de loi sur la confiance dans l'institution judiciaire. Après ce dossier, il a un autre texte qui est le projet de loi sur l'irresponsabilité pénale. Et si cela ne suffisait pas, il y a en plus les Etats généraux de la Justice que le président de la République a annoncé pour l'automne."
Lors de cette dernière échéance, Eric Dupond-Moretti aura notamment pour interlocuteur "le procureur général de la Cour de cassation, celui-là même qui l'accuse devant la Cour de justice de la République", rappelle-t-il encore. Et de conclure : "Je ne sais si le ministre saura faire la distinction entre le justiciable qu'il est et le ministre qu'il continue à vouloir être."
Au vu de cette situation, "sa position est évidemment inconfortable, et je pense que son avenir est incertain", analyse Jean-Jacques Urvoas. Aussi, pour lui, Eric Dupond-Moretti est aujourd'hui "un atout plus faible qu'il ne l'était il y a un an" pour Emmanuel Macron. "Devient-il un boulet ? Ce sont les prochaines semaines qui vont nous le dire", dit-il. En attendant, s'il venait à rester ministre de la Justice, il serait un garde des Sceaux "dont la parole est affaiblie".