Démocratie, laïcité, histoire… Emmanuel Macron défend de nouveau son "en même temps"

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Emmanuel Macron 1:26
Dans une interview fleuve à L'Express, Emmanuel Macron défend sa vision de la société française. © MARTIN BUREAU / POOL / AFP
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Le président de la République s'exprime dans une longue interview accordée à "L'Express", parue mardi matin. Il y dénonce une forme de "nivellement" à l'œuvre au sein de la société française, brocarde une laïcité "déformée" et reconnaît aussi une forme de "privilège blanc" dont il a lui-même bénéficié pour accéder à l'Élysée.

Certains pourront y voir un nouvel exemple de son mantra utilisé depuis le lancement de son aventure politique personnelle, en 2016 : au cours d'une longue interview à L'Express, dont le premier volet est paru mardi, Emmanuel Macron détaille son fameux "en même temps" sur de nombreux sujets. Depuis la résidence de La Lanterne, où il s'est isolé pour cause de contamination au Covid-19, le Président tente de concilier plusieurs positions face à "un peuple de paradoxes", juge-t-il, profondément bouleversé par les crises récentes des "gilets jaunes", du terrorisme, de la réforme des retraites et du coronavirus.

Interrogé sur sa perception de la société française, de ses doutes et de ses espoirs, le président de la République affirme que les Français ont "renoué avec leurs doutes ancestraux" ces dernières années, avec une crise sanitaire qui a fait "revenir la vulnérabilité dans le quotidien, l'intime même".

L'"obscurantisme" combattu par la "cohérence" ?

Cela s'est donc traduit par le retour d'une forme de "relativisme", voire d'"obscurantisme". Cela débouche, dans son diagnostic, sur "l'écrasement des hiérarchies induit par la société du commentaire permanent". "Cette société qui s'horizontalise" et "ce nivellement complet" conduisent à une remise en cause perpétuelle des autorités politiques ou scientifiques. La clé, selon Emmanuel Macron, repose sur "la cohérence", "l'explication" et "l'efficacité" de l'action publique, alors qu'émerge malgré tout à ses yeux "un besoin de mieux associer à la décision par la délibération".

" Notre histoire n'a pas embrassé toutes les histoires "

Tout en se défendant d'être "multiculturaliste", ce qu'il n'a "jamais été", le président de la République affirme que l'histoire française "n'a pas embrassé toutes les histoires", notamment celles côtoyées durant la colonisation. Il défend également le projet de loi "confortant les principes républicains", initialement appelé à lutter contre les séparatismes : selon le chef de l'État, ce texte vise à "préserver la solidité du socle commun menacé par des coups de boutoir à l'école (…) parce que nous avons été trop hésitants à le défendre". 

Au cours de cette interview, Emmanuel Macron pointe également le fait que la France est devenue une "société victimaire", où le discours des victimes "l'emporte sur tout et écrase tout, y compris celui de la raison". Il s'agirait là d'une conséquence de la "société de l'émotion permanente et donc de l'abolition de toute acceptation de la complexité", référence directe à la "pensée complexe" dont s'est réclamé le macronisme.

Reconnaissance du "privilège blanc"

Dans le même temps, c'est la laïcité exacerbée qui est ici critiquée : "L'erreur commise par ceux-là même qui défendent l'universalisme républicain ou les valeurs de la République est de déformer la laïcité pour en faire une sorte de religion qui s'opposerait aux autres", explique Emmanuel Macron, qui répète que "chacun doit pouvoir vivre entre plusieurs horizons culturels".

Comment s'y prendre ? "Nous devons faire un travail historique et mémoriel qui ne consiste pas à effacer ce que nous sommes mais à compléter notre histoire, avec de nouvelles statues, de nouvelles appellations de rue", dit-il, balayant l'intérêt de "déboulonner" et d'"effacer" statues et marques d'un passé trouble.  

Cela s'accompagne, à la fin du premier volet de cette interview, d'une reconnaissance du "privilège blanc" : "Être un homme blanc crée des conditions objectives plus faciles pour accéder" à des positions plus favorables dans la société, constate-t-il, "même si, évidemment, quand on regarde les trajectoires individuelles, chacun a sa part de travail, de mérite".