"On ne respecte plus notre travail" : dans les raffineries, les grévistes ne lâchent rien

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La CGT appelle au blocage des raffineries pour protester contre la réformes des retraites 1:25
La CGT appelle au blocage des raffineries pour protester contre la réformes des retraites © AFP
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Plus d'un mois après le début des grèves, la CGT appelle au blocage des raffineries, terminaux pétroliers et autres dépôts. Pour Marin Guillotin, élu Force Ouvrière et salarié gréviste de la raffinerie de Grandpuits (77), il est temps pour le gouvernement de "prendre ses responsabilités".
INTERVIEW

Alors que les grèves contre la réforme des retraites prévue par le gouvernement bloquent le pays depuis plus d'un mois maintenant, la CGT et FO appellent les salariés des raffineries au blocage jusqu'à vendredi. Celle de Grandpuits, en Seine-et-Marne, est la plus importante du pays. Certains salariés, comme Marin Guillotin, élu FO, se sont mis en grève et affirment leur détermination face au gouvernement.

"Aucun produit ne sortira de la raffinerie jusqu'au (vendredi) 10 à 14 heures, date de la prochaine assemblée générale", garantit le salarié gréviste en colère, au micro d'Europe 1. "On ne respecte plus notre travail et nos retraites, alors on ne fait plus sortir le fruit de notre travail. C'est à chacun sa responsabilité, c'est possible qu'il y ait des pénuries", menace l'élu Force Ouvrière. L'inquiétude grandit déjà chez les automobilistes, qui craignent de manquer d'essence. 

"On ne nous écoute toujours pas"

Marin Guillotin, qui a reçu lundi avec ses collègues la visite du leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon, explique qu'il n'y aura pas de compromis du côté des grévistes. "Il n'y a pas de négociations à avoir, on n'a pas fait de trêve pour les fêtes, on ne nous écoute toujours pas et on se fiche de nous, donc on envoie un message au gouvernement. Prenez vos responsabilités, arrêtez tout de suite ce projet, tout le monde retournera au travail et tout ira bien", prévient le salarié de la raffinerie.

Sept raffineries sur huit sont fermées depuis ce mardi, et les blocages devraient durer au moins jusqu'à samedi. Edouard Philippe avait indiqué mardi avoir demandé aux préfets de mobiliser les forces de l'ordre "pour faire en sorte qu'il n'y ait pas de blocages de dépôts" de carburants ou de raffineries.

Pour Thierry Defresne, délégué syndical central CGT Total Raffinage pétrochimie, "Edouard Philippe n'a aucune interdiction à donner". "Le droit de grève en France c'est un droit constitutionnel. La désobéissance civile peut arriver, on l'a vu pendant les grèves de 2016, où on a eu des blocages physiques avec des interventions des forces de l'ordre. Aujourd'hui on en n'est pas encore là, on est dans le libre exercice de notre droit de grève dans les terminaux pétroliers et dans les raffineries, ce qui provoque des perturbations sur la distribution de produits", développe le syndicaliste sur Europe 1.

"Pas d'inquiétude pour l'approvisionnement", selon le groupe Total

Selon ce délégué syndical, l'appel à la grève de la CGT est un réel succès, puisque toutes les raffineries de France sont impactées. "On avait des raffineries qui se mobilisaient de façon dispersée depuis le 5 décembre. Aujourd'hui, elle sont toutes en grève", affirme Thierry Defresne.

Les conséquences de ce mouvement pourraient être importantes, selon Thierry Defresne. "Aucun camion n'est chargé dans les raffineries, il n'y a aucun envoi de produit par pipeline, par bateau, par train. Les dépôts, dépendants des raffineries et du pétrole d'importation, ne sont pour le moment alimentés que par les produits d'importation. Les vannes sont fermées, aucun produit ne rentre ni ne sort des raffineries françaises", avance le gréviste.

Malgré le mouvement, le ministère de la Transition écologique affirme que "la situation est quasi-normale avec plus de 98% des 11.000 stations-service qui ne connaissent aucune difficulté et sont normalement approvisionnées". De son côté, le groupe pétrolier Total a assuré lundi n'avoir "pas d'inquiétude pour l'approvisionnement" et identifié "aucun risque de pénurie" au sein de son réseau de stations-service. Selon les chiffres du réseau total, seules 26 stations sur les 3.500 du groupe sont en rupture.

Europe 1
Par Lucie de Perthuis