Anne Hidalgo contre les armes nucléaires ? Une signature oubliée refait surface...

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Nicolas Beytout
C’est une information très gênante pour Anne Hidalgo que met en lumière le journal l’Opinion : la Maire de Paris a signé un texte en faveur de l’interdiction de la dissuasion nucléaire. Le fondateur du journal et éditorialiste d'Europe 1 Nicolas Beytout revient sur ce fait qui remonte à plus de deux ans, mais qui risque d'embarrasser la candidate socialiste.
EDITO

Peut-on être président de la République française et rejeter les armes nucléaires ? À quelques mois de l'élection présidentiellel'Opinion pose la question. Le journal révèle en effet qu'Anne Hidalgo a signé, il y a un peu plus de deux ans, un texte en faveur de l’interdiction de la dissuasion nucléaire. Elle n'était alors "que" maire de Paris. Mais désormais candidate socialiste à la fonction suprême de l'Etat, cette signature risque de lui revenir en pleine figure, selon Nicolas Beytout, fondateur de l'Opinion et éditorialiste d'Europe 1.

Nucléaire : quel est le texte signé par Anne Hidalgo ?

C’était il y a deux ans et demi environ, mais la mairie n’en a jamais fait la publicité. Et pour cause. Ce texte est un appel lancé par une association internationale, l’ICAN (acronyme anglais de Action internationale pour l’abolition de l’arme nucléaire). Cette ICAN n’est pas une ONG du coin de la rue, non, elle est lauréate du Prix Nobel de la Paix 2017. Rien que ça. Sa voix pèse donc lourd, et lorsqu’elle prend une initiative (comme par exemple lancer un appel), on ne la traite pas comme on signerait sur un coin de table la première pétition venue imaginée par un groupuscule de droits-de-l’hommistes.

Or que dit ce fameux appel ? "Nous soutenons le traité sur l’interdiction des armes atomiques et appelons notre gouvernement à y adhérer". Ce traité d’interdiction des armes atomiques est bien connu du monde militaire et diplomatique. Il a été adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies il y a quatre ans et est censé être entré en vigueur cette année. En réalité, aucune des neuf puissances nucléaires au monde ne l’a évidemment signé. Pas plus la France que les autres. Voilà donc le problème : Anne Hidalgo, maire de Paris et candidate officielle du Parti socialiste à la présidentielle, soutient une demande faite à la France de renoncer à la dissuasion nucléaire.

Que dit-on à la Mairie de Paris ?

Pas grand-chose, c’est plutôt l’embarras. Il faut dire que l’affaire est sérieuse. Le PS et le nucléaire, c’est un dossier qui remonte à la fin des années 70, lorsque François Mitterrand comprend que pour accéder au pouvoir, il doit convertir son parti sur un certain nombre de sujets, dont la bombe nucléaire. Un homme a joué un rôle-clef dans cette évolution, Charles Hernu, vieux compagnon de route du futur président, qui sera son premier ministre de la Défense. Et depuis, jamais le PS n’a remis en cause l’existence en France de l’arme nucléaire. Jamais il n’a contesté le rôle déterminant de la dissuasion dans notre politique de défense.

François Hollande, par exemple, a toujours affirmé son attachement à cette composante de notre force : "Je serai le garant de la capacité de dissuasion nucléaire de la France", disait-il. Et il ajoutait, en tant que Président de la République : "Je l’assume pleinement". Quant au prédécesseur d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris, Bertrand Delanoë, il avait souhaité que la Ville de Paris soit la "marraine" du Charles de Gaulle, le porte-avion à propulsion nucléaire, qui est naturellement un maillon essentiel de la projection de notre arme nucléaire partout dans le monde. Eh oui, ça se complique…

La position d'Anne Hidalgo, qui ne s'est pas encore exprimée sur les questions de Défense, peut-elle évoluer ?

Elle trouvera certainement un moyen d’expliquer que, dans un monde idéal, la paix, l’amitié entre les peuples, tout cela nous dispenserait d'arme nucléaire. Mais ce que démontre cet épisode anti-nucléaire d’Anne Hidalgo, c’est que, en plus de la faiblesse intrinsèque des socialistes sur le plan politique, le bilan de la maire de Paris vient compliquer la campagne électorale. L’endettement de la ville, l’insécurité, le non-respect des lois sociales en particulier sur les 35 heures à la Mairie de Paris, et maintenant cet épisode piteux d’appel à renoncer à l’arme nucléaire. Tous ces sujets percutent directement ce qu’elle peut dire et promettre pendant sa campagne. C’est à se demander si, à force, il ne va pas falloir inventer un hashtag "Saccage la candidature socialiste à l’Elysée".