Plusieurs tirs ont retenti ce samedi soir dans l'agglomération lyonnaise, dans des quartiers touchés par le trafic de drogue. À Décines-Charpieu, c'est la deuxième série de tirs en moins de 48 heures. Vendredi soir, une mère de famille a été touchée par une balle, hospitalisée, son pronostic vital n'est pas engagé. Un adolescent de 16 ans a aussi été légèrement blessé.
Une nouvelle nuit de violences a touché la métropole lyonnaise. Plusieurs "tirs d’intimidation" ont visé des façades d’immeubles et des entrées d’habitations à Vénissieux, Villeurbanne et Décines-Charpieu, dans des quartiers marqués par le trafic de stupéfiants. Aucune personne n’a été blessée.
À Décines-Charpieu, à l’est de Lyon, il s’agit de la deuxième série de tirs en moins de 48 heures. Vendredi soir, peu après 22 heures, une première salve de coups de feu avait éclaté rue Sully, sur un parking entouré de tours d’immeubles.
"C'était effrayant. Sincèrement, j'ai peur"
À proximité d’un collège, une mère de famille avait été touchée au mollet par une balle perdue alors qu’elle rentrait à son domicile avec ses deux enfants. Hospitalisée, son pronostic vital n’est pas engagé. Ses enfants, indemnes, ont pu se mettre à l’abri.
Un adolescent de 16 ans est lui légèrement blessé à l'oreille par des éclats. À quelques pas de là, un père de famille se trouvait aussi sur place : "J'ai cru que c'était comme des feux d'artifice. Mon fils m'a appelé pour me dire 'Papa, tu es où ? Il y a des tirs dans le quartier'. Et là, c'est vrai que j'ai pris peur puisque j'étais à 50 mètres des tirs. Une balle perdue et j'aurais pu être tué", raconte-t-il.
Samedi après-midi, dans la même rue, un appartement a été visé par une tentative d'incendie. Puis quelques heures plus tard, vers quatre heures du matin, la porte d'un autre logement a été criblée de balles. Face à ces violences, de nombreux habitants ont peur de s'exprimer. Installée depuis plus de dix ans dans ce quartier, une mère de famille dit vivre dans l'insécurité.
"On dormait, on s'est réveillés. C'était effrayant. Sincèrement, j'ai peur. Ça fait même pas deux jours, il y avait des tirs. Ça veut dire qu'il n'y a pas de sécurité. Depuis que je suis là, il y a souvent des tirs. Il y a toujours ça. Ça fait plusieurs années, rien n'a été réglé". Dans le quartier, de nombreux habitant voudraient partir et déménager, mais restent faute de solution.
"L’agglomération lyonnaise a basculé dans le narcotrafic et le narcoterrorisme"
La préfète du Rhône, Fabienne Buccio, a annoncé sur X l’interpellation d’un individu en flagrant délit, suspecté d’avoir participé à des tirs d’intimidation à Villeurbanne par les policiers nationaux de la brigade anticriminalité. Une arme longue et une arme de poing ont été saisies. Dès ce dimanche soir, la CRS 83 doit également être déployée en renfort à Décines-Charpieu.
Une enquête a été ouverte pour identifier les auteurs des tirs survenus vendredi à Décines-Charpieu, qui s'apparentent à des tirs d'intimidation dans le cadre de rivalités liées au trafic de drogue. Le syndicat Alliance Police Nationale alerte sur la répétition de ces faits et interpelle le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, réclamant des "effectifs pérennes". Selon le syndicat, environ 300 gardiens de la paix manqueraient dans la métropole lyonnaise.
"L’agglomération lyonnaise a basculé depuis un certain temps dans le narcotrafic et le narcoterrorisme", estime Alain Barberis, secrétaire départemental du syndicat, évoquant "un mode opératoire récurrent d’intimidation et de terreur" avec des individus qui font usage d’armes à feu et visent des façades d’immeubles et des portes d’entrée d’appartements, afin de s’accaparer des territoires. "L’urgence, c’est que l’État prenne conscience que la deuxième agglomération de France n’a pas les moyens humains suffisants pour combattre ces réseaux criminels", conclut-il.