Dans le 19e arrondissement de Paris, la ligne T3b est devenue le théâtre quotidien de scènes de déchéance. Entre rames enfumées et quartiers assiégés par les toxicomanes, les riverains et commerçants crient leur détresse face à une insécurité galopante.
Les portes du tramway s’ouvrent, à l’intérieur, une faune de zombies. Sur la ligne T3b, entre la Porte de la Chapelle et la Porte de la Villette, le trajet n’a plus rien d’une simple formalité urbaine. C’est une plongée dans une "zone de non-droit" mobile. À bord, l'air est parfois saturé par l'odeur âcre des pipes à crack, allumées au milieu des familles et des travailleurs. Les passagers croisent des silhouettes hagardes, aux joues creusées et au regard vide.
Pour Faouzi, habitant du quartier, la situation est devenue psychologiquement insupportable, surtout pour ses enfants. "Ma fille en venait à rallonger son trajet pour éviter le tram et aller au lycée en sécurité", confie-t-il, amer. "On a été abandonnés", déplore-t-il.
Les écoles au pied d'un camp de crack
Cinq stations plus loin, Porte de la Villette, le décor vire au cauchemar. Des centaines de consommateurs de crack s'agglutinent sur un sol jonché de détritus, d'excréments et d’alcool. Ce "camp" de la misère jouxte pourtant des établissements scolaires.
Martine, résidente depuis cinquante ans, ne reconnaît plus ses rues. "On entend crier toute la nuit, ils se battent au tournevis ou au couteau. Les enfants sont traumatisés. Le soir, certaines femmes appellent leurs maris pour venir les chercher alors qu’avant, on rentrait tranquillement chez soi."
Ce climat délétère asphyxie l'économie locale. Les vitrines baissent le rideau les unes après les autres. Samir, restaurateur dans le secteur, travaille désormais la peur au ventre entre deux agressions. "J’ai encore des carreaux cassés. Chaque minute, quelqu’un vient demander à mes clients de l’argent et lorsqu'ils ne donnent pas, ils essuient des insultes, des incivilités, jusqu’à des agressions physiques où il a fallu que j’intervienne."
Une nouvelle « cellule de choc » pour sortir de l'impasse
Depuis 2012, les collectifs de riverains multiplient les alertes auprès de la mairie et de la préfecture, dénonçant un « jeu de billard » consistant à déplacer les toxicomanes d'un square à une porte sans jamais régler le fond du problème.
Mais un tournant judiciaire s’amorce peut-être ce lundi. Face à l’urgence, la procureure de Paris lance une cellule de coordination judiciaire inédite. L'objectif : briser les silos en faisant travailler ensemble magistrats, police nationale, police municipale et services de la RATP/SNCF.
Une réponse sécuritaire attendue de pied ferme par des habitants qui ne demandent qu'une chose : retrouver le droit de rentrer chez eux sans crainte.