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REPORTAGE - Fin de vie : vive inquiétude des Petites sœurs des pauvres concernant l’aide à mourir

Une résidente en Ehpad (Illustration) [Jean-Michel Delage / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP]

La proposition de loi sur la fin de vie actuellement en débat au Sénat inquiète beaucoup les Petites sœurs des pauvres. Europe 1 s'est rendue à Versailles, dans l'un des Ephad gérés par cette congrégation, où chaque résident est accompagné avec douceur et un grand respect jusqu'à la fin de sa vie.

Les Petites sœurs des pauvres partagent leurs inquiétudes vis-à-vis de la proposition de loi sur la fin de vie. Cette congrégation créée il y a près de 200 ans en Bretagne par Sainte Jeanne Jugan a pour mission principale d'accompagner les personnes âgées jusqu'à leur mort naturelle. Elles sont 1.600 sœurs, réparties sur cinq continents dans 31 pays, et s'occupent de plus de 9.000 personnes âgées.

Mais le texte actuellement en débat au Sénat est dans toutes les têtes. À Versailles, dans l'un des Ephad gérés par cette congrégation, chaque résident est accompagné avec douceur et un grand respect jusqu'à la fin de sa vie.

Incompréhension des résidents de l'Ehpad

Germaine, 94 ans, accueille Europe 1 le sourire aux lèvres dans sa chambre ouverte sur un jardin. "Bonjour, je vais très bien !", lance la nonagénaire, assise sur un fauteuil, près de son lit. Arrivée ici il y a deux ans et demi pour y vivre les derniers moments de sa vie, elle ne comprend pas que l’on puisse bientôt légaliser en France l’aide à mourir.

"La fin de vie ici, c’est une vie qui continue. On peut aller jusqu’à la fin de vie, si on est bien accompagné. La vie, c’est sacré. Le personnel est à l’écoute, c’est formidable. Je demanderai qu’une petite sœur soit là lors du grand départ", confie-t-elle.

"Jamais je ne donnerai la mort, jamais de la vie"

Dans cet établissement tenu par les Petites sœurs des pauvres, l’équipe médicale veille jours et nuits sur les pensionnaires, aidés par de nombreux bénévoles. Madeleine, aide-soignante, a vu certains résidents reprendre goût à la vie.

"Cela arrive que les résidents disent 'je veux partir', 'je suis fatigué'. Mais quand ils sont bien accompagnés, ils changent d’avis. Non, je ne pourrai pas donner la mort, jamais de la vie", assure-t-elle.

"Cette loi est en complète contradiction avec ce que l’on vit dans la maison"

Cette proposition de loi sur la fin de vie fait naitre de vives inquiétudes à sœur Marie-Christine, mère supérieure de la congrégation des Petites sœurs des pauvres à Versailles. "Elle nous inquiète parce qu’elle est assez coercitive", affirme-t-elle.

"C’est difficile de trouver un sens pour accompagner la vie pour que cela se termine comme ça, de façon assez brutale. Il faut tout faire pour avoir une clause de conscience, pour ne pas renier qui nous sommes et pourquoi nous sommes là et le choix de vie que nous avons fait, car il s’agit d’un appel."

La congrégation des Petites sœurs des pauvres entend continuer sa mission : accompagner les personnes âgées jusqu’à leur mort naturelle, dans le respect et la dignité.