Après des mois de négociations infructueuses, le gouvernement pourrait utiliser le 49.3 ou des ordonnances pour faire passer le budget de l’État, alors que la majorité présidentielle reste incapable de s’accorder. Tout pourrait se décider ce week-end lors d’un Conseil des ministres extraordinaire.
Une lumière existe-t-elle au bout du tunnel budgétaire ? Après des mois de débats infructueux et de négociations vaines sur le budget de l’État, le gouvernement pourrait enfin décider d’appuyer sur l’interrupteur la semaine prochaine, en déclenchant un recours au 49.3 ou en passant par des ordonnances, faisant ainsi le deuil de ses espoirs de compromis.
C’est en tout cas ce qu’a expliqué ce jeudi le ministre des Relations avec le Parlement, Laurent Panifous : "Nous nous éloignons définitivement d’un texte de compromis acceptable par une majorité de députés ici, à l’Assemblée nationale. Nous constatons que ce vote ne pourra pas avoir lieu. Le Premier ministre fera donc des propositions pour permettre la promulgation du budget, tel que nous essayons, en tout cas pour beaucoup ici, de le construire." Par ailleurs, Sébastien Lecornu prend la parole ce vendredi soir.
Des débats annulés à l'Assemblée nationale
Les débats sont donc annulés à l’Assemblée ce vendredi et lundi. Tout pourrait se jouer durant le week-end, lors d’un Conseil des ministres extraordinaire, avec deux scénarios possibles. D’abord, le recours au 49.3, qui permet d’adopter un texte sans vote. Ou bien des ordonnances, rédigées par le gouvernement, qui évacuent là encore le vote des députés pour faire passer le budget au forceps.
C’est à ce point que le débat budgétaire en est arrivé, alors même que le Premier ministre a mis tout son poids dans la balance depuis des mois pour tenter de dégager des compromis et obtenir une majorité. Mais le blocage est aussi interne à la majorité présidentielle, incapable de s’accorder sur le texte. Un constat que Jean-Philippe Tanguy, député RN et membre de la commission des finances, n’a pas manqué de souligner ces dernières heures dans l’hémicycle.
"Si vous n’avez pas de budget aujourd’hui, ce n’est pas la faute du groupe Rassemblement national et de l’UDR et de ses 140 députés, c’est parce que la majorité absolue, du PS jusqu’à LR, est incapable de se mettre d’accord sur un budget. Et pour cause : vous n’avez aucun projet commun, vous n’êtes d’accord sur rien, à part augmenter les impôts et la dette, comme vous l’avez fait sur la sécurité sociale", défend-t-il.
"Tout ça, pour ça"
Le compromis est donc impossible, malgré les discussions sans fin entre le gouvernement, la Macronie et les socialistes. Des socialistes à qui l’exécutif a déjà accordé la suspension de la réforme des retraites pour faire passer le budget de la Sécurité sociale.
Pour éviter une motion de censure en cas de recours au 49.3, Sébastien Lecornu va sans doute devoir, une nouvelle fois, caresser le PS dans le sens du poil, en attendant sa feuille de route dans les prochaines heures. "Tout ça, pour ça, c’était cousu de fil blanc", avait déclaré Marine Le Pen en octobre 2026. On peut le dire, elle avait eu du nez.