Un documentaire plonge au cœur du Ku Klux Klan, "une histoire américaine"

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Ku Klux Klan AFP 8:39
Des membres du Ku Klux Klan face à des Afro-Américains en 1938. © AFP
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Arte diffuse mardi soir (20h50) un documentaire sur le "Ku Klux Klan, une histoire américaine." Dans l’émission Culture médias, sur Europe 1, le réalisateur David Korn-Brzoza et l’acteur Lucien Jean-Baptiste, qui fait la voix-off, ont évoqué ce mouvement raciste et pourtant toujours actif.

Plus de 150 ans après sa création, le Ku Klux Klan (aussi désigné KKK) suscite toujours autant de répulsion que de fascination. Cette organisation suprémaciste blanche, qui a compté jusqu’à plusieurs millions de membres dans les années 1920-1930, n’a cessé de semer la terreur et la mort depuis sa création en 1865 aux États-Unis. Aujourd’hui classée comme terroriste par le gouvernement américain, elle attire pourtant toujours des milliers de membres.

Cette "histoire américaine" est racontée dans un documentaire diffusé par Arte mardi soir (20h50), à quelques semaines d’une élection présidentielle américaine marquée par les tensions raciales. Le réalisateur David Korn-Brzoza et le comédien Lucien Jean-Baptiste étaient invités mardi matin de l’émission Culture médias sur Europe 1 pour évoquer le sulfureux "KKK".

Une organisation longtemps au cœur des institutions

Le Ku Klux Klan a été fondée la même année que la fin de la Guerre de Sécession (1861-1865) par des blancs s’opposant à l’abolition de l’esclavage et aux droits accordés aux Afro-Américains. Très vite, l’organisation a su s’implanter jusqu’au cœur du pouvoir, particulièrement dans les États du Sud, fervents partisans de l’esclavage. "Plusieurs mouvements se sont opposés. Beaucoup d'Afro-Américains se sont opposés au 'clan', mais malheureusement il a toujours su jouer des institutions", raconte David Korn-Brzoza.

"Il était excessivement soutenu dans le Sud, parfois dans une ville et dans un comté. Le shérif, le juge et le jury étaient du clan. La vraie justice ne passait pas et c'était une justice blanche, ségrégationniste et donc le clan avait pignon sur rue."

Jusqu’à 4 millions de membres dans les années 1920

A son apogée, le KKK comptera jusqu’à plusieurs millions de membres. Car au-delà de ses convictions racistes, l’organisation a également su capitaliser sur un système de recrutement extrêmement persuasif. "Ils ont construit une sorte de pyramide pour pouvoir recruter très largement aux États-Unis. Si par exemple je vous recrutais au Ku Klux Klan, je pouvais garder 40% de vos frais d'admission. A l'époque c'était une dizaine de dollars, mais ça correspond à environ 120 dollars aujourd'hui. Le clan s'est vite enrichi parce que tout le monde voulait récupérer sa mise", précise le réalisateur du documentaire.  

"Très vite on est passé de 3.000 membres à 300.000 membres, et puis bientôt 4 millions de membres au cours des années 1920." Le Ku Klux Klan continuera de conserver une grande influence pendant plusieurs décennies et continuera de multiplier les crimes. L’organisation commettra près de 1.000 meurtres en quatre semaines à l’approche de la présidentielle de 1968, ciblant principalement les Afro-Américains qui votaient et encore plus ceux qui étaient dans la fonction publique.

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Une organisation toujours active qui hante les États-Unis

Si le KKK a largement perdu en influence depuis le mouvement des droits civiques dans les années 1960, elle reste toujours active. "Le problème aux États-Unis, c'est que la liberté d'opinion permet à des organisations comme le Ku Klux Klan ou des partis néo-nazis d'exister. Aujourd'hui on estime à peu près à 6.000 membres les effectifs du clan aux États-Unis, mais il y a un nombre infini d'organisations suprémacistes et le clan a fusionné avec les néo-nazis", s’inquiète David Korn-Brzoza.

Ces dernières années, les États-Unis ont même assisté, stupéfaits, à la résurgence des symboles du clan, dont leur fameux insigne et leurs torches. Symbole de ce regain du suprémacisme blanc : les émeutes de Charlottesville, en août 2017, quand un jeune néo-nazi avait foncé sur une foule de manifestants antiracistes, tuant une femme et blessant une trentaine de personnes. "En 2020 ça a l'air complètement incroyable, mais ça existe encore aujourd'hui et c'est contre ça qu'il faut continuer à lutter et informer parce qu'ils continuent", s’insurge Lucien Jean-Baptiste, voix-off du documentaire. "Tous ces mouvements extrémistes continuent de trouver des adhérents avec des techniques marketing très au point. Et c'est contre ça qu'il faut lutter et informer les gens grâce à ce type de documentaires."