Vidéo du chef de l'EI : un changement de stratégie dû à sa perte de territoire

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Mathilde Belin , modifié à
Pour notre spécialiste Didier François, la vidéo du chef du groupe État islamique "essaie de faire oublier sa défaite militaire, en se raccrochant aux attentats et aux allégeances de petits groupes". 
ANALYSE

Assis sur des coussins, en djellaba grise et barbe brunie au henné, une Kalachnikov à ses côtés, le chef du groupe Etat islamique (EI) a fait sa première réapparition depuis cinq ans, dans une vidéo diffusée lundi. Abou Bakr al-Baghdadi se montre sur ces images en discussion avec un djihadiste assis à ses côtés : il y reconnaît alors la défaite du califat de Daech, avant d’accepter l’allégeance de plusieurs groupes d’Afrique de l’Ouest et de revendiquer des dizaines d’attentats dans le monde. Une façon pour le chef de l’EI de signer un acte politique fort, selon le grand reporter d’Europe 1 Didier François, spécialiste des questions de terrorisme.

"La stratégie, c’est d’exister à l’international dans le terrorisme"

"Il y a cinq ans, Abou Bakr al-Baghdadi apparaissait en créant le califat de l’EI, un territoire alors grand comme l’Angleterre. Aujourd’hui, il n’a plus ce territoire et il est donc bien obligé de trouver quelque chose. Dans cette vidéo, il dit d’ailleurs : 'Allah nous avait ordonné le djihad mais ne nous avait pas ordonné la victoire'", relève Didier Français au micro de Matthieu Belliard.

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Le chef de l’EI "reconnaît bien qu’il est sur une défaite, mais il faut qu’il existe et pour cela, il revendique 92 attentats dans huit pays différents, dont celui de Pâques au Sri Lanka qui a été fait par un groupe local qui lui a prêté allégeance. Il reconnaît aussi l’allégeance de groupes au Burkina Faso et au Mali", détaille notre grand reporter. "La stratégie maintenant va être de dire : 'je n’ai plus de territoire, je ne suis plus une menace militaire, donc je vais exister de manière pleine à l’international dans le terrorisme'", analyse-t-il. 

Attentats et allégeances

Dans cette vidéo, Abou Bakr al-Baghdadi y fait aussi référence aux frères Clain, les deux djihadistes français qui avaient notamment revendiqué les attentats du 13-Novembre. "Le chef de l’EI dit à quel point la propagande est importante pour que l’EI continue d’exister et de recruter. Il est dans cette logique de propagande, et essaie ainsi de faire oublier sa défaite militaire, en se raccrochant aux attentats et à ces allégeances de petits groupes", poursuit Didier François.

En dépit de la mort territoriale du califat, depuis la reprise de son dernier bastion syrien en mars dernier à Baghouz, et de sa difficulté à organiser des attentats complexes, Daech conserve "une capacité de nuisance", selon notre grand reporter : "Sa seule façon de continuer à exister sur le long terme, c’est d’obtenir des espèces de franchises, de tout miser sur les recrutements locaux, et c’est ça qui est dangereux."