Turquie : "graves" violations des droits de "centaines de milliers de personnes", selon l'ONU

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Arrestations, tortures et détentions arbitraires se sont multipliées selon l'ONU après la proclamation de l'état d'urgence en Turquie en 2016 (image d'illustration).
Arrestations, tortures et détentions arbitraires se sont multipliées selon l'ONU après la proclamation de l'état d'urgence en Turquie en 2016 (image d'illustration). © ADEM ALTAN / AFP
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Alors que l'état d'urgence a été régulièrement prolongé en Turquie depuis 2016, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme dénonce mardi de "graves" violations des droits de "centaines de milliers de personnes".

La prolongation de l'état d'urgence en Turquie, instauré après le putsch manqué de juillet 2016, a conduit à de "graves" violations des droits de "centaines de milliers de personnes", dont certaines ont été torturées, a accusé mardi l'ONU.

Des actes de torture et autres détentions arbitraires. "Les prolongations régulières de l'état d'urgence en Turquie ont conduit à de graves violations des droits de l'homme de centaines de milliers de personnes", a condamné le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme qui publie un rapport sur la situation dans ce pays en 2017. Cet état d'urgence a été instauré en Turquie quelques jours après une tentative de coup d'État le 15 juillet 2016, imputée par les autorités au prédicateur Fethullah Gülen, installé aux États-Unis et qui nie toute implication. 

Parmi ces violations figurent la torture et autres mauvais traitements, les détentions arbitraires, la privation arbitraire du droit au travail et de la liberté de mouvement, ou encore les atteintes à la liberté d'association et d'expression, selon le rapport.

Arrestations, renvois, blocages de sites Internet... "Les chiffres sont stupéfiants : près de 160.000 personnes arrêtées pendant 18 mois d'état d'urgence ; 152.000 fonctionnaires renvoyés, dont beaucoup de manière totalement arbitraire ; des enseignants, juges et avocats renvoyés ou poursuivis ; des journalistes arrêtés, des médias fermés et des sites web bloqués", a déclaré le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, cité dans un communiqué. "Il est clair que les états d'urgence successifs déclarés en Turquie ont été utilisés pour restreindre sévèrement et arbitrairement les droits humains d'un très grand nombre de personnes", a-t-il ajouté.

Un détournement de l'état d'urgence. Le Haut-Commissariat reconnaît "les défis complexes auxquels la Turquie a dû faire face pour répondre à la tentative de coup d'État du 15 juillet 2016 et à un certain nombre d'attentats terroristes". Mais le rapport indique également que "le simple nombre" et "la fréquence" des décrets d'urgence, ainsi que "l'absence de lien" entre ces décrets et la "menace nationale semblent pointer (...) une utilisation des pouvoirs d'urgence pour étouffer toute forme de critique ou de dissidence à l'égard du gouvernement".

 

Un rapport "biaisé" et "inacceptable", selon la Turquie

Ce texte, "qui contient des informations déformées, biaisées et fausses, est inacceptable pour la Turquie", a déclaré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué. Affirmant que le rapport de l'ONU faisait "fi des menaces terroristes multiples auxquelles la Turquie est confrontée", le ministère turc s'en est pris au Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, estimant qu'il avait "perdu toute objectivité et impartialité" en ce qui concerne la Turquie.

"Le dernier texte qu'il a publié contient des allégations infondées parfaitement en phase avec la propagande des organisations terroristes. Cette situation est inacceptable", a affirmé le communiqué, accusant Zeid Ra'ad Al Hussein d'avoir préparé le rapport "en collaboration avec des cercles affiliés aux terroristes".