Pourquoi la mort de la juge Ruth Bader Ginsburg bouleverse la présidentielle américaine

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Hommage Ruth Bader Ginsburg        TASOS KATOPODIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP 2:58
Un hommage spontané à la juge a été rendu devant la Cour Suprême, dans la nuit. © TASOS KATOPODIS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP
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Séisme politique aux Etats-Unis : avec la mort de Ruth Bader Ginsburg, vendredi, c'est toute la campagne présidentielle qui va être chamboulée, analyse sur Europe 1 Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l'Université Paris 2.
ANALYSE

La juge la plus connue des quatre "progressistes" de la Cour suprême des Etats-Unis, Ruth Bader Ginsburg, est décédée vendredi à l'âge de 87 ans. Un hommage spontané a eu lieu le soir-même devant la haute cour, preuve de sa grande popularité notamment auprès des femmes. Jean-Eric Branaa, spécialiste des Etats-Unis et maître de conférences à l'Université Paris 2, analyse pour Europe 1 les conséquences de sa mort sur l'élection présidentielle qui approche. Car un juge à la Cour suprême est nommé à vie et, à six semaines de la présidentielle, un bras de fer s'est engagé cette nuit entre démocrates et républicains... 

"Aussi important que l'élection du Président"

"En réalité, il n'y a plus de campagne. La campagne a été emportée dans la tombe par Ruth Bader Ginsburg. On ne va parler désormais que de son remplacement", estime le spécialiste. Et pour cause : "Il faut se rendre compte du poids de la Cour suprême dans la vie des Américains : c'est cette cour qui tranche sur les questions que le Congrès ne prend pas en charge", explique-t-il.

Si en France, certains parlementaires sont emblématiques du combat qu'ils ont mené, comme Simone Veil pour l'avortement ou Robert Badinter contre la peine de mort, il n'est pas possible de faire le parallèle aux Etats-Unis. "Les congressistes, les parlementaires américains, ne se prennent pas au jeu de ces questions-là. Ils laissent faire les cours", commente Jean-Eric Branaa. "Que ce soit sur l'avortement, la peine de mort, le mariage gay, sur la mise en place ou la fin de la ségrégation aux États-Unis, sur l'emprisonnement, la liberté de parole...bref tout ce qui fait la vie des citoyens entre eux", c'est ensuite la Cour suprême qui prend les décisions finales, "et guide la nation vers le meilleur ou le pire, suivant les opinions politiques."

Selon le spécialiste des Etats-Unis, la décision du remplacement de Ruth Bader Ginsburg est donc "aussi importante que l'élection du Président elle-même. Cela va éclipser complètement les 45 derniers jours de campagne. On ne va plus parler de politique au sens classique du terme, pas même de pandémie. On va parler du remplacement de cette juge", soutient le professeur.

L'égalité des droits, combat de sa vie

Ruth Bader Ginsburg, nommée en 1993 par Bill Clinton et doyenne de la Cour suprême des Etats-Unis, était particulièrement populaire et avait mené divers combats, notamment en faveur des femmes. "C'est d'ailleurs étonnant parce que ce n'est pas une juge qui était particulièrement progressiste. C'était une juge dite "liberal" aux Etats-Unis, mais plutôt modérée, et elle s'est imposée petit à petit parce que son combat en faveur de l'égalité des droits et du droit des femmes spécifiquement n'est pas un combat nouveau. C'est le combat de toute sa vie !", rappelle aussi Jean-Eric Branaa.

Avant d'être juge à la Cour suprême, elle avait notamment été "pendant de très longues années la juriste en chef l'ACLU, l'Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union), c'est à dire la Ligue des droits de l'homme américaine. Elle avait même été très loin un moment, en expliquant qu'elle faisait un vote de femme dans ses décisions - ce qui avait créé une vraie polémique parce qu'elle affirmait ainsi qu'il y avait un vote de femmes et un vote d'hommes, assez révolutionnaire quand elle avait fait cette déclaration, il y a une vingtaine d'années".

Les démocrates américains redoutaient donc plus que tout ce scénario, à quelque semaines de la présidentielle, car le président Donald Trump risque de vouloir rapidement remplacer cette juge progressiste par un juge conservateur.

Europe 1
Par Séverine Mermilliod