"Comme un rêve !" : à Gibraltar, les mesures anti-Covid ont été levées

  • A
  • A
Gibraltar 7:56
Gibraltar au début du mois d'avril. © CRISTINA QUICLER / AFP
Partagez sur :
Après des mois de confinement strict, Gibraltar, enclave britannique au sud de l’Espagne, retrouve la vie d’avant la pandémie, sans masque et avec des restaurants ouverts. Les conséquences d’une stratégie de vaccination éclair, car les habitants ont pu être vaccinés rapidement, tout comme les travailleurs transfrontaliers. Sur 34.000 habitants, il n'y a plus aucun cas de Covid-19.
REPORTAGE

Doucement mais sûrement, Gibraltar est en train de tourner la page du Covid-19. Le territoire britannique, situé à l’extrême sud de l’Espagne, a vacciné l’ensemble de sa population de plus de 16 ans. Sur 34.000 habitants, il n’y a plus aucun malade du Covid. Alors depuis quelques jours, les restrictions et mesures sanitaires ont presque toutes été levées.

Plus de masque dans la rue

Un sentiment de liberté flotte sur le rocher. Sur la place John Mackintosh, au pied de la mairie de Gibraltar, un bâtiment de style victorien, Gislaine profite du soleil sur un banc avec son garçon de trois ans et sa mère. "C’est tellement agréable de retrouver un peu de normalité après tout ce qu’il s’est passé. C’est comme un rêve ! J’ai du mal à y croire. On n’a plus de masques, on peut aller au restaurant, on a que des ondes positives !", confie à Europe 1 la femme de 35 ans. En effet, personne ne porte le masque et l’ambiance est détendue. Ce dimanche après-midi ressemble à ceux de la vie d’avant. "Mais ça a été dur", se souvient Gislaine, "on a eu beaucoup de cas et un confinement strict".

"Je me sens libre !"

Comme tout le monde à Gibraltar, Gislaine est vaccinée : elle a reçu les deux doses du vaccin Pfizer. Elle peut embrasser sa mère Herminia sans inquiétude. Mais pour la grand-mère de 72 ans, le Covid a été une épreuve : "Le plus important, c’est d’être de nouveau avec mes petits-enfants et ma famille. Nous sommes très unis et on a toujours eu l’habitude de se réunir à la maison pour des déjeuners. Maintenant, on peut le refaire. J’en venais même à me dire 'mon Dieu, je vais mourir sans avoir pu me réunir une dernière fois avec ma famille !'", raconte-t-elle.

Si la vie a repris sur le petit rocher britannique, Herminia, comme beaucoup, a parfois du mal à oublier les réflexes liés à la pandémie : "Parfois je me dis 'mince, j’ai oublié mon masque !', et puis je me rappelle que je n’ai plus besoin de l’utiliser ! Je me sens libre !".

Une campagne de vaccination éclair

En bord de mer, dans la luxueuse marina du petit paradis fiscal, la fête bat son plein. Les terrasses sont bondées et seuls les serveurs sont masqués, pour quelques jours encore. Magid, un Français de 33 ans qui travaille dans une société de paris en ligne à Gibraltar, est venu y passer l’après-midi avec des amis. Il vit de l’autre côté de la frontière, en Andalousie, et pourtant lui aussi a déjà reçu une première dose du vaccin, sur le territoire britannique, comme environ 15.000 travailleurs transfrontaliers du rocher.

"On vient ici cinq jours par semaine, et on paie nos impôts comme tout le monde, donc il est un peu normal que Gibraltar veuille récompenser ses transfrontaliers en leur offrant la possibilité de se faire vacciner", estime Magid, qui se dit reconnaissant de la politique vaccinale en place à Gibraltar. Il explique que se faire vacciner lui a pris 15 minutes : "C’était incroyable. On fait la queue, on attend deux minutes, on va dans une salle d’attente, on reçoit la dose et on attend 10 minutes pour voir s’il y a des effets secondaires."

Plus aucun nouveau cas enregistré depuis un mois

Pour arriver à ce résultat, Gibraltar a mené une campagne de vaccination éclair, appelée "Operation Freedom". Mais elle n’aurait pas été possible sans le soutien de Londres. Douze avions de la Royal Air Force ont acheminé les vaccins Pfizer et AstraZeneca. L’opération a été suivie en direct par les habitants qui se mettaient à leur fenêtre pour voir les appareils atterrir sur la piste de l’aéroport située à l’entrée de Gibraltar. Aujourd’hui, il n’y a plus un seul malade Covid-19 à l’hôpital et le rocher n’a pas enregistré de nouveau cas depuis plus d’un mois.

Vaccination et discipline collective 

La vaccination a évidemment joué un rôle crucial, mais pour Joelle, qui dine avec sa famille sur Main Street, rien n’aurait été possible non plus sans la discipline collective des habitants. "C’est une combinaison de tout : le gouvernement, nos autorités sanitaires avec le vaccin, et les gens. On a respecté les consignes, on est resté à la maison, on s’est sacrifié avec les enfants. On est un tout petit territoire, la communauté est très présente. On a tous été solidaire et je suis fière de penser qu’au sein de cette communauté, on s’est aidés les uns les autres en restant à la maison. On l’a fait !", analyse-t-elle pour Europe 1.

Malgré ce retour à la vie (presque) normale, la prudence reste de rigueur. Gibraltar continue de tester et de tracer les éventuels cas Covid. Car s’il n’y a plus de cas parmi la population résidente, quelques tests positifs apparaissent encore parmi les non-résidents, car les travailleurs transfrontaliers, souvent espagnols, ne sont pas encore tous vaccinés.

Gibraltar peut difficilement vivre si sa frontière est fermée

La levée des restrictions a été progressive et s’est étalée sur plusieurs semaines. En plus du masque qui reste encore obligatoire dans les bus, les discothèques n’ont pas encore le droit de rouvrir.

En revanche, les contrôles aux frontières de Gibraltar ont été assouplis. Un test PCR est toujours obligatoire pour les voyageurs arrivant en avion, mais pas pour ceux arrivant par la route. Cette différence est surtout due à la particularité géographique de Gibraltar. La colonie britannique a besoin de ses travailleurs espagnols. Compliqué, dès lors, de leur demander un test chaque matin quand ils passent la frontière. Et le petit territoire de 6 kilomètres carrés peut difficilement vivre si sa frontière est fermée. Maintenant, les habitants attendent le retour des touristes.

Europe 1
Par Henry de Laguérie, à Gibraltar, édité par Léa Leostic