Le sort du glyphosate dans l'UE en discussion jeudi et vendredi

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Face à la mollesse des États membres qui peinent à s'accorder sur l'interdiction ou non du glyphosate, un comité d'expert se réunit jeudi et vendredi à Bruxelles. 

Le renouvellement de la licence dans l'UE du glyphosate, l'un des herbicides les plus utilisés dans le monde - que l'on retrouve dans les produits phares des géants de l'agrochimie, Monsanto (RoundUp) mais aussi Syngenta ou Barclay Chemicals - accusé de provoquer le cancer, fait l'objet d'une féroce bataille à Bruxelles avant que l'autorisation actuelle ne s'achève fin décembre. Le comité d'experts chargé du dossier, où siègent des représentants des États membres, se réunit jeudi et vendredi prochains à Bruxelles.

Renouvellement ou non de l'autorisation ? Aucun vote n'est attendu pour le moment : les positions des États membres restent trop floues. La France est un des seuls pays, avec l'Autriche, à avoir affiché publiquement la sienne, en s'opposant à la proposition de la Commission européenne de renouveler pour dix ans la licence du produit. Le gouvernement français a tout de même laissé une porte ouverte, en se disant ouvert à une période d'autorisation réduite, à cinq ou sept ans par exemple.

"La Commission essaie de trouver une solution qui bénéficie du plus large soutien possible auprès des États membres", a expliqué une porte-parole, une mission difficile. Le commissaire européen à la Santé, Vytenis Andriukaitis, a déploré l'ambiguïté des États membres "qui cherchent à amener la Commission à prendre une décision à leur place", selon le procès-verbal d'une réunion de l'exécutif européen de juin 2016.

Fin de la licence d'utilisation en décembre. En cas d'absence de vote, la licence du glyphosate expirera fin décembre. Il sera toutefois encore possible d'y avoir recours pendant un an, le temps d'écouler les stocks. Vytenis Andriukaitis a rappelé à plusieurs reprises que, même si la substance était autorisée, les États membres gardaient la possibilité d'interdire les produits contenant du glyphosate. En France, par exemple, son utilisation par les collectivités dans les espaces ouverts au public est interdite depuis le 1er janvier 2017 et son emploi par les particuliers va être proscrit à partir de 2019.

Une substance cancérogène ? Au printemps 2016, pour sortir de l'impasse et éviter un vide juridique, la Commission avait temporairement prolongé de 18 mois la licence du glyphosate qui arrivait à expiration et demandé à son Agence de la sécurité alimentaire un nouvel avis scientifique. L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu qu'il n'y avait pas de raison de classer le glyphosate comme cancérogène, conduisant la Commission à proposer à nouveau le renouvellement de la licence pour 10 ans.

La Commission européenne espérait que ce rapport mettrait un terme à la controverse scientifique. Mais les opposants au glyphosate mettent en doute son indépendance et continuent de s'appuyer sur une étude du Centre de recherche sur le cancer de l'OMS (CIRC) qui a classé la substance "cancérogène probable".

Un débat qui s'invite dans l'espace public. Les opposants sont loin d'avoir dit leur dernier mot et leur campagne de protestation a fait découvrir le sujet au grand public. D'ailleurs un couple de l'Isère a annoncé mercredi porter plainte contre plusieurs fabricants d'herbicides à base de glyphosate, dont Monsanto. En août 2006, en début de grossesse, Sabine Grataloup avait inhalé du Glyper, un générique du Roundup. Pour les parents, ces entreprises sont directement responsables du handicap de leur fils de 10 ans.

Pas d'alternative pour les agriculteurs. De son côté, l'industrie phytosanitaire estime au contraire que la Commission aurait dû proposer un renouvellement pour 15 ans, comme le veut la procédure européenne. Le principal syndicat d'agriculteurs européen, le Copa-Cogeca, abonde dans le même sens, soutenant qu'il n'existe aucune alternative "viable" au glyphosate si l'agriculture européenne veut maintenir ses rendements.