Comment la lutte contre les djihadistes va-t-elle se réorganiser après la chute du "califat" de l’État islamique ?

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La chute du califat autoproclamé du groupe djihadiste Etat islamique a été annoncée samedi en Syrie par les forces arabo-kurdes. Pour autant, le combat contre les djihadistes n'est pas terminé. Une nouvelle phase dans la lutte anti-EI se met en place. 
ON DÉCRYPTE

Les forces arabo-kurdes, aidées par les États-Unis, ont proclamé samedi en Syrie la fin du "califat" du groupe Etat islamique. Pour autant, la capacité de nuisance de la principale organisation djihadiste au monde n'est pas éradiquée. "Il reste beaucoup de travail pour s'assurer que la menace du terrorisme islamique radical soit totalement et définitivement annihilée", a d'ailleurs tweeté le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo.

Le président Emmanuel Macron, qui a salué samedi la chute du califat autoproclamé, a également appelé à la prudence : "La menace demeure et la lutte contre les groupes terroristes doit continuer", a-t-il écrit dans plusieurs tweets. "Nous ne devons pas nous bercer d'illusions. S'il faut célébrer le succès, la situation n'en reste pas moins précaire sur le terrain. Il est urgent de rester concentrés dans notre combat contre le terrorisme", a confirmé la ministre des Armées Florence Parly. Mais comment la menace se traduit-elle désormais ? Et que peuvent faire les forces occidentales et kurdes pour venir à bout des djihadistes ? Décryptage.

Où la menace se situe-t-elle désormais ?

La fin du "califat" autoproclamé marque le début d'une nouvelle phase dans la lutte anti-EI. Comme lors de la libération de Mossoul, en Irak, les djihadistes, disséminés dans le désert s'étendant du centre syrien jusqu'à la frontière irakienne, ainsi que dans le désert de l'autre côté de la frontière, en Irak, risquent désormais de basculer dans la clandestinité, de former des cellules dormantes et de mener une guerre de harcèlement en organisant des attentats, des embuscades, ou par exemple en posant des mines. Parmi eux se trouvent de nombreux combattants étrangers. Et des Français qui ont réussi à prendre la fuite et restent donc une menace. 

"Ne vous y fiez pas, Daech préserve ses forces", a déclaré samedi le général Paul LaCamera, commandant des forces de la coalition anti-EI. "Ils ont pris des décisions en calculant ce qui leur reste de forces vives et de capacités, pour tenter leur chance dans des camps pour déplacés et en allant dans des zones reculées. Ils attendent le bon moment pour ressurgir". Selon un récent rapport du patron de l'ONU Antonio Guterres, l'EI peut compter dans le monde sur plusieurs groupes affiliés, qu'il qualifie de "provinces", pour perpétuer son idéologie.

Que peuvent faire les occidentaux ?

Emmanuel Macron a insisté auprès de Donald Trump pour que les Etats unis n'abandonnent pas les Kurdes dès la fin de la bataille de Baghouz, qui a constitué la phase finale d'une opération déclenchée en septembre 2018 pour chasser l'EI des derniers secteurs sous son contrôle en Syrie.

Un accord a été trouvé avec Washington pour garder dans le nord-est de la Syrie une présence militaire occidentale. Un millier de membres des forces spéciales seront ainsi chargés de lutte contre le terrorisme aux côtés de leurs partenaires kurdes. Ils seront également chargés d'aider à stabiliser la région et de rebâtir les territoires libérés.

Pourquoi un retrait trop rapide des conseillers militaires occidentaux en Syrie serait-il dangereux ?

Un retrait trop rapide pourrait être considéré par la Turquie - ou par le régime de Bachar al-Assad - comme un "lâchage". Et donc comme un feu vert à une offensive contre les milices kurdes. Dans un tel chaos, les djihadistes prisonniers pourraient se retrouver rapidement dans la nature et auraient alors la possibilité de reconstituer une force combattante.