Quatre questions sur l’avion détourné par la Biélorussie

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Depuis la révolte de l'automne, le président Alexandre Loukachenko fait la chasse aux opposants.
Depuis la révolte de l'automne, le président Alexandre Loukachenko fait la chasse aux opposants. © Siarhei LESKIEC / AFP
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Le Bélarus a envoyé dimanche un avion de chasse pour intercepter un avion de ligne à bord duquel se trouvait un militant de l'opposition qui, selon cette dernière, a été interpellé à son arrivée à Minsk par les services de sécurité du régime d'Alexandre Loukachenko. Le vol, en provenance d'Athènes, devait atterrir à Vilnius. L'UE a appelé Minsk à laisser repartir l'avion avec "tous les passagers".

Un avion de chasse bélarusse a intercepté dimanche un avion de ligne de la compagnie RyanAir. Parti d’Athènes, l’avion devait atterrir à Vilnius, en Lituanie. A bord du vol intercepté : Roman Protassevitch, militant opposé au président de la Biélorussie Alexandre Loukachenko. A l’automne dernier, des manifestations avaient eu lieu dans le pays pour demander le départ du chef de l’Etat. La mobilisation avait fini par s’essouffler à cause des très nombreuses arrestations et des violences policières.

Que s’est-il passé dimanche entre Athènes et Vilnius ?

Selon les autorités biélorusses, l'avion a dévié de sa trajectoire à cause d'une "alerte à la bombe". Nexta, média d’opposition à Loukachenko, a affirmé que l'atterrissage d'urgence avait été suscité par une "bagarre" déclenchée par des agents des services de sécurité bélarusses, présents à bord et qui affirmaient qu'un engin explosif se trouvait dans l'appareil. L'aéroport de Minsk, cité par l'agence de presse officielle Belta, a affirmé que l'alerte à la bombe s'était révélée "erronée" après une fouille du Boeing.

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a quant à lui donné l'ordre personnellement à un avion de chasse MiG-29 d'intercepter l'avion après cette alerte, a dit son service de presse. A l'été et à l'automne derniers, Alexandre Loukachenko a été confronté à mouvement de contestation historique ayant rassemblé pendant plusieurs semaines des dizaines de milliers de personnes à Minsk et dans d'autres villes, une mobilisation énorme pour un pays d'à peine 9,5 millions d'habitants.

Mais la protestation s'est progressivement essoufflée face à des arrestations massives, des violences policières ayant fait au moins quatre morts, un harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison infligées à des militants et à des journalistes.

Le ministère bélarusse de l'Intérieur a confirmé dans un premier temps sur Telegram l'interpellation de Roman Protassevitch, avant de supprimer ce message.

Qui est Roman Protassevitch, le militant arrêté ?

Roman Protassevitch est l'ancien rédacteur en chef de Nexta, média ayant joué un rôle clé dans la récente vague de contestation de la réélection en 2020 du président Loukachenko, qui occupe ces fonctions depuis 1994. Fondé en 2015, Nexta ("Quelqu'un" en bélarusse) avait notamment coordonné les rassemblements à travers le Bélarus, diffusant des mots d'ordre et permettant de partager les photos et les vidéos des rassemblements et des violences.

L'arrestation du militant a été immédiatement condamnée par la figure de l'opposition bélarusse en exil, Svetlana Tikhanovskaïa. Sur Twitter, elle a assuré que Roman Protassevitch encourait "la peine de mort". L'ancienne république soviétique du Bélarus est le dernier pays en Europe à appliquer la peine capitale. 

Pourquoi la Biélorussie a-t-elle intercepté cet avion ?

En novembre dernier, les services de sécurité bélarusses (KGB), hérités de la période soviétique, avaient placé Roman Protassevitch, âgé de 26 ans, et le fondateur de Nexta, Stepan Poutilo, sur la liste des "individus impliqués dans des activités terroristes". L'actuel rédacteur en chef de Nexta, Tadeusz Giczan, a assuré que des agents du KGB bélarusse étaient à bord de l'appareil. "Quand l'avion est entré dans l'espace aérien bélarusse, les officiers du KGB ont déclenché une bagarre avec le personnel de Ryanair", a affirmé Tadeusz Giczan, les agents soutenant qu'une bombe était à bord.

Contactée par l'AFP, une porte-parole des aéroports lituaniens a dit avoir reçu comme première explication de la part de l'aéroport de Minsk un conflit entre des passagers et l'équipage. D'après les images du site internet spécialisé flightradar24, le Boeing a été intercepté au-dessus du territoire bélarusse, juste avant la frontière avec la Lituanie, un pays balte membre de l'Union européenne. 

Quelles sont les réactions internationales ?

Les dirigeants de l'Union européenne ont appelé de concert le Bélarus à laisser repartir cet appareil et permettre à "tous ses passagers" de poursuivre leur voyage, fustigeant "une action complètement inacceptable", à l'instar de plusieurs de ses Etats membres comme l'Allemagne, la France et la Pologne. Réunis en sommet lundi et mardi, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l’UE discuteront également de "possibles sanctions" de l'UE contre le Bélarus. "Les dirigeants européens discuteront de cet incident sans précédent. Il ne restera pas sans conséquences", a indiqué le président du Conseil Charles Michel dans un communiqué.

"Le détournement par les autorités biélorusses d’un vol de Ryanair est inacceptable. Une réponse ferme et unie des Européens est indispensable", a de son côté déclaré le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian sur Twitter. L'ambassadeur du Bélarus à Paris a d’ailleurs été convoqué dimanche au ministère français des Affaires étrangères.

Le président de la Lituanie, Gitanas Nausėda, dont le pays a accordé le statut de réfugié à Roman Protassevitch, a quant à lui condamné "un événement sans précédent", accusant le régime bélarusse d'avoir été derrière "cet acte abject". Svetlana Tikhanovskaïa vit elle aussi en exil en Lituanie.

La répression en cours au Bélarus a valu à Minsk une batterie de sanctions occidentales qui ont conduit Alexandre Loukachenko à se rapprocher davantage de son homologue russe Vladimir Poutine. 

Europe 1
Par Léa Leostic avec AFP