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Johnson, May, Starmer... Sept Premiers ministres en dix ans, symbole de l'instabilité politique au Royaume-Uni

Andy Burnham a été nommé ce lundi 20 juillet au poste de Premier ministre par le roi Charles III. Il succède à Keir Starmer. [Marcin Nowak / ANADOLU / Anadolu via AFP]

Ce lundi, Andy Burnham a été nommé Premier ministre par le roi Charles III. Il succède ainsi à Keir Starmer qui a occupé ces fonctions pendant deux ans. Il devient la septième personnalité à occuper ce poste sur les dix dernières années, signe d'une instabilité politique ancrée au Royaume-Uni. 

Sept Premiers ministres en dix ans. Rarement, le Royaume-Uni avait connu une telle succession de personnalités politiques au 10 Downing Street. Des mandats qui auront duré en moyenne moins de 18 mois. Avant eux, sept personnalités s'étaient succédé à la tête du gouvernement... mais en 40 ans, d'Edward Heath en 1970 à Gordon Brown en 2010. Retour sur ces dix années d'instabilité politique chez nos voisins britanniques. 

Le Brexit, l'élément déclencheur 

Cette période de trouble débute le 23 juin 2016. Le peuple a voté en faveur du Brexit, autrement dit, la sortie de l'Angleterre de l'Union européenne. David Cameron est en poste depuis 2010 et c'est lui qui a organisé ce référendum. Il a fait campagne pour rester dans l'UE. Cette défaite signe la fin de son passage au 10 Downing Street. Le Premier ministre conservateur annonce sa démission le lendemain. 

Theresa May est nommée à sa succession le 13 juillet 2016. Forte d'une grande popularité à son arrivée, elle doit gérer la sortie de son pays de l'Union en plus des affaires courantes. Elle convoque des élections anticipées en 2017 pour obtenir une majorité plus large au Parlement. Une stratégie qui va se retourner contre elle. Les conservateurs perdent la majorité, le gouvernement se retrouve affaibli. 

Elle tente à trois reprises d'obtenir le soutien des députés sur un projet d'accord avec l'Union européenne sur le Brexit. Elle n'y parviendra jamais. Plus isolée que jamais, celle qui était devenue la deuxième femme à occuper ces fonctions après Margaret Thatcher annonce quitter la direction du Parti conservateur le 24 mai 2019. Après des élections internes au parti, c'est Boris Johnson, ancien maire de Londres, qui lui succède le 24 juillet 2019. 

Des scandales politiques entraînent la chute des deux premiers ministres suivants 

Le nouveau Premier ministre souhaite mettre fin à la saga du Brexit. Boris Johnson mène d'ailleurs les élections générales de décembre 2019 avec un slogan clair : "Get Brexit Done", "que le Brexit soit fait". Et cela fonctionne. Le parti conservateur obtient la majorité et la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne est finalisée le 31 janvier 2020.

Le passage de Boris Johnson au 10 Downing Street est marqué par différentes crises internationales dont la guerre en Ukraine, où le Royaume-Uni décide de soutenir immédiatement le pays dirigé par Volodymyr Zelensky, la crise énergétique, ainsi que par la pandémie de Covid-19. Englué dans différents scandales comme le "Partygate", des soirées organisées durant le confinement, il perd progressivement la confiance des députés, des membres du gouvernement et de la population. Face à cette situation, il renonce le 7 juillet 2022.

Le 5 septembre, Liz Truss est élue à la tête du parti conservateur. Elle est nommée Première ministre par la reine Élisabeth II le lendemain. Elle n'imaginait pas que son mandat se déroulerait lors de l'une des périodes les plus importantes dans l'histoire de la monarchie britannique. Deux jours après avoir rencontré la Reine au château de Balmoral, Élisabeth II s'éteint à l'âge de 96 ans. 

Après avoir prêté allégeance au nouveau monarque puis avoir assisté aux funérailles de la reine défunte, Liz Truss peut se charger des affaires courantes de l'État. Mais pour peu de temps. Son projet de "mini-budget" avec 45 milliards de livres de baisses d'impôts non financées effraie les marchés financiers. Cette situation provoque une crise profonde de la politique britannique. Après seulement 49 jours au pouvoir, Liz Truss annonce le 20 octobre sa démission de la direction du parti. Ce qui fait de son passage au 10 Downing Street le plus court de l'histoire. 

14 ans après, les travaillistes reviennent au pouvoir 

Le 25 octobre 2022, Rishi Sunak devient le cinquième Premier ministre conservateur en six ans. Il était déjà sur les tablettes du parti conservateur avant l'élection de Liz Truss. À son arrivée à Downing Street, il hérite d'un pays où l'inflation continue de grimper et l'inquiétude des marchés est élevée. 

Il fait de la lutte contre cette inflation et l'immigration illégale ses priorités avec notamment une proposition choc : celle d'expulser des migrants vers le Rwanda. Mais rapidement, Rishi Sunak doit faire face à une impopularité croissante et la défaite de son camp aux élections législatives de 2024 le pousse vers la sortie moins de deux ans après son arrivée au pouvoir. 

Le parti travailliste fait son retour à la tête du gouvernement, une première depuis Gordon Brown, en 2010. Keir Starmer est nommé Premier ministre par Charles III le 5 juillet 2024. Dès son arrivée, il veut lancer une politique de redressement du pays. Il est très présent sur la scène européenne. 

Mais comme ses prédécesseurs, l'impopularité guette. L'affaire de la nomination de Peter Mandelson comme ambassadeur à Washington malgré ses liens avec Jeffrey Epstein éclabousse son gouvernement. Rapidement, sa cote de popularité chute et il doit faire face à une fronde au sein du parti. Des élections locales ratées par le parti travailliste le fragilisent encore plus. La pression devient trop forte, Keir Starmer démissionne le 22 juin 2026, après moins de deux ans au pouvoir. 

Ce lundi 20 juillet 2026, le Royaume-Uni a donc fait la connaissance de son septième Premier ministre en dix ans en la personne d'Andy Burnham. En dix ans, le pays est passé d'une stabilité gouvernementale longtemps considérée comme un modèle à une succession rapide de dirigeants, conséquence des fractures provoquées par le Brexit, des difficultés économiques et d'une défiance croissante envers la classe politique.

Les institutions britanniques demeurent certes solides, mais la défiance de la population vis-à-vis de sa classe politique est plus forte que jamais. Andy Burnham saura-t-il trouver les solutions pour rester longtemps au pouvoir ?