"Harvey Weinstein, il lui fallait de la chair fraîche tout le temps", raconte son ancien chauffeur en France

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Harvey Weinstein
Harvey Weinstein se rendait régulièrement en France, sur la Côte d'Azur, où Mickaël Chemloul était son chauffeur. © BERTRAND LANGLOIS / AFP
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Alors que le procès de Harvey Weinstein pour viol et agression sexuelle s'est ouvert à New York lundi, l'ancien chauffeur du célèbre producteur déchu raconte sur Europe 1 le quotidien qu'il a subi jusqu'en 2013. "Certains soirs, je me demandais ce qu'il allait me faire", confie Mickaël Chemloul.
INTERVIEW

Les mots sont crus et témoignent de l'intérieur du système Harvey Weinstein, jugé depuis lundi à New York, avec un procès pour viol et agression sexuelle. Sur Europe 1, mercredi matin, l'ancien chauffeur du célèbre producteur accusé de nombreux abus sexuels depuis fin 2017 a raconté le quotidien imposé par Weinstein jusqu'en 2013, date à laquelle Mickaël Chemloul a décidé de partir. Un récit glaçant de ses nombreux séjours sur la Côte d'Azur aux côtés du "gros porc", comme il était surnommé à l'époque.

Le chauffeur raconte d'abord ses débuts au service du très influent producteur américain. C'était en 2008. "Comme j'étais assez débrouillard, bilingue et connaisseur de la région, on m'a mis dessus", se souvient Mickaël Chemloul. "On m'a dit 'de toute manière, tu vas bien gagner ta vie, c'est quelqu'un d'ingérable, de très exigeant, un type colérique'. On m'a expliqué qu'il aimait bien la chair fraîche."

Préliminaires dans la voiture

Mickaël Chemloul n'a encore rien vu. "J'avais constaté dès le départ que j'avais affaire à un type très influent, très puissant, très colérique. J'ai tout de suite compris qu'il y avait deux agendas. Je le considérais comme un iceberg. D'un côté, la face immergée dans l'eau et son côté bourreau de travail, avec 12 à 15 heures de travail par jour, non stop."

De l'autre, le chauffeur assiste, lors des séjours de Harvey Weinstein sur la Côte d'Azur, à des agissements qui deviennent de plus en plus tendancieux. "Pendant trois ans, il s'est préservé de me montrer sa vraie facette", raconte Mickaël Chemloul, auteur du Démon de la Croisette. Harvey Weinstein côté coulisses (éditions Baker Street, 2018). "Les années qui ont suivi, vers 2011-2012, il y a eu un choc tectonique dans sa boîte crânienne (sic), qui fait qu'il a commencé à péter littéralement les plombs. Il commençait à être vraiment agressif, il lui fallait de la chair fraîche tout le temps. Il n'y avait plus l'agenda de la nuit et l'agenda du jour, c'était devenu à toute heure et il consommait des femmes à tout-va", se rappelle le chauffeur, qui note que Harvey Weinstein "utilisait du viagra". 

Tout se mêle ensuite, la colère du producteur et sa violence qui n'est plus contenue. "Il embarquait des gonzesses avec lui dans la voiture et il y avait des séquences d'échauffements, de préliminaires, jusqu'à la fellation", poursuit Mickäel Chemloul sur notre antenne. "Quand il s'est rendu compte que je voyais ça, j'ai dit que ça ne le faisait plus. Il s'est retourné et il m'a dit : 'OK, fuck you, keep driving' ("va te faire foutre, continue de conduire", en français, NDLR). Il parlait toujours comme ça."

"Vieux salaud"

Les excès de Harvey Weinstein, à Cannes et ailleurs sur la Côte d'Azur, se poursuivent. Mickaël Chemloul évoque cette autre soirée, quand le producteur "s'est déchaîné sur une pauvre fille" : "Il m'avait dit de sortir du véhicule, et je me demandais ce qui se passait, si elle était consentante. Il était peut-être en train de la violer ! La fille sort et vocifère à ce vieux salaud : 'Est-ce que tu tiendras ta parole ou pas ?' Il avait dû lui promettre quelque chose. Quand j'ai vu qu'elle partait dans ses bureaux de production attenant au Majestic, c'était très complexe à déterminer. Qu'est-ce que j'allais dénoncer ? Vous dîtes qu'il l'a violée, qu'il ne l'a pas violée ? Ça me dépassait et certains soirs, je me demandais ce qu'il allait me faire. 'Si hier, il s'est permis de se faire faire une fellation dans la voiture, qu'est-ce qu'il va me faire ?'"

" C'est monté, monté, monté. Un coup de coude dans les côtes, un coup de poing dans la nuque… "

La collaboration entre Mickaël Chemloul et Harvey Weinstein prend fin en 2013, après un énième accès de violence de l'Américain. "En juillet 2013, il m'appelle et me dit qu'on va chercher deux call girls. Les call girls l'ont planté et j'ai pris la foudre parce que c'était ma faute si elles n'étaient pas là. C'est monté, monté, monté. Un coup de coude dans les côtes, un coup de poing dans la nuque, fracassé les lunettes, tordu l'annulaire… J'étais en train de rouler dans les routes sinueuses de Saint-Tropez et je me suis qu'il fallait que je réfléchisse. 'Tu vas prendre un grand virage à 180°C, arrête-toi sur le champ, quitte-le'. Mon avocat m'a conseillé de d'aller déposer plainte et d'arrêter de travailler avec lui." Ce qu'il a fait. Un peu plus de quatre ans plus tard, à l'automne 2017, les premières enquêtes sur les abus imputés à Harvey Weinstein seront publiées. Et depuis, le producteur déchu n'est plus revenu sur la Côte d'Azur.