États-Unis : le Sénat échoue à interdire les avortements après 20 semaines

, modifié à
  • A
  • A
Seuls trois sénateurs démocrates se sont joints aux républicains pour voter en faveur de cette proposition de loi qui a été retoquée © ZACH GIBSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
Partagez sur :

L'opposition démocrate au Sénat américain a fait échouer une proposition de loi visant à interdire tout avortement après 20 semaines de grossesse. 

Le Sénat américain, à majorité républicaine, n'a pas réussi lundi à ouvrir les débats sur une proposition de loi controversée qui visait à interdire tout avortement au-delà de 20 semaines de grossesse.

Une courte majorité contre la proposition. La quasi-totalité des sénateurs républicains a voté en faveur d'une motion qui aurait mis le texte à l'ordre du jour du Sénat, mais l'opposition démocrate, quasiment unanime, a voté contre, torpillant la proposition. Une majorité qualifiée des trois cinquièmes, soit 60 voix sur 100, était nécessaire ; le vote final a été de 51 contre 46.

Mettre des démocrates en difficultés. Les républicains étaient conscients que leur texte n'avait aucune chance d'avancer. Leur objectif réel était de mettre en difficultés certains démocrates sortants issus d'États conservateurs, où les habitants sont moins favorables à l'IVG que dans des régions plus progressistes. Nombre d'entre eux briguent un nouveau mandat en novembre prochain. Seulement trois démocrates se sont finalement joints aux républicains.

Les démocrates ont vivement dénoncé une proposition de loi électoraliste et contraire à la Constitution, selon eux. "Encore un exemple d'hommes qui prennent les décisions sur la santé des femmes en fonction d'une idéologie politique", a déclaré la démocrate Dianne Feinstein. "Il est temps que le droit d'une femme à décider de sa santé et de son destin soit respecté."

Un président favorable à la loi. Donald Trump qui avait récemment montré un soutien appuyé aux militants anti-avortement en prononçant un discours vidéo-diffusé lors de leur marche annuelle à Washington, a jugé le vote du Sénat "décevant", appelant à "défendre ceux qui ne peuvent pas se défendre eux-mêmes".

"Le vote du Sénat rejette des faits scientifiques et place les États-Unis à l'écart de la famille des nations au sein de laquelle seuls sept pays sur 198, dont la Chine et la Corée du Nord, autorisent l'avortement après 20 semaines de grossesse", a fait valoir Donald Trump dans un communiqué où il réclame aux sénateurs de passer une loi qui "célèbre, chérit et protège la vie". 

Un point de "viabilité" du foetus qui fait débat. Le droit à l'avortement dans tous les États-Unis date de 1973, par une décision de la Cour suprême qui a fixé comme limite le point de "viabilité" du fœtus, et non un nombre spécifique de semaines, se référant plutôt au consensus médical de 24 à 28 semaines. 

La stratégie des conservateurs a consisté, depuis plusieurs années, à faire adopter au niveau des États des lois de plus en plus restrictives, et retoquées régulièrement par la justice fédérale. Le stade des 20 semaines est justifié par eux comme le moment à partir duquel les fœtus peuvent ressentir de la douleur, ce que contestent des études scientifiques qui fixent le développement du système nerveux à partir du troisième trimestre.

Selon l'institut Gallup en mai 2017, 29% des Américains sont favorables au droit à l'avortement en toute circonstance et 50% sous certaines circonstances, tandis que 18% souhaitaient l'interdire absolument.