Algérie : des milliers de personnes dans la rue, des dizaines de blessés à Alger

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Des milliers de personnes ont manifesté vendredi après-midi à Alger et dans plusieurs villes du pays.
Des milliers de personnes ont manifesté vendredi après-midi à Alger et dans plusieurs villes du pays. © AFP
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Dans plusieurs villes du pays, des milliers de citoyens ont à nouveau battu le pavé vendredi. À Alger, 63 personnes ont été blessées et 45 arrêtées. 
L'ESSENTIEL

La contestation ne faiblit pas en Algérie. Alors que depuis une semaine, les manifestations se succèdent dans les rues du pays pour protester contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika, des milliers de citoyens ont à nouveau battu le pavé vendredi à Alger, mais également dans plusieurs villes à travers le pays. Dans la capitale, alors que le cortège était arrivé devant le siège du gouvernement, la police a dispersé la foule en tirant des grenades lacrymogènes et quelques heurts ont éclaté en fin de journée. Bilan, selon la police : 63 blessés, dont 56 policiers, et 45 personnes arrêtées. 

Les principales informations à retenir : 

  • Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les rues de la capitale algérienne, mais aussi dans plusieurs villes du pays
  • Alors qu'un cortège convergeait vers le palais du gouvernement, des policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes
  • À Alger, 63 personnes ont été blessées, dont 56 policiers, et 45 personnes ont été arrêtées

Un rassemblement est notamment parti de la place de la Grande-Poste, et est remonté le long d'une des principales artères débouchant sur la place. "Pouvoir assassin", y scandaient les manifestants. Non loin de là, les forces de l'ordre ont tenté d'empêcher les manifestants d'accéder à la place du 1er Mai, faisant notamment usage de gaz lacrymogènes. Mais ils ont très vite été débordés par le flux de participants.

Tirs de lacrymogène devant le siège du gouvernement. Un autre cortège, là aussi composé de plusieurs milliers de personnes, est parti de la Place des martyrs, et a réussi à converger vers la place de la Grande Poste, en forçant des cordons de policiers anti-émeutes. Au sein des cortèges, des slogans hostiles au président ou encore des pancartes arborant un chiffre 5 barré. Selon plusieurs sources sécuritaires, ils auraient été "plusieurs dizaines de milliers de personnes" dans les rues de la capitale. 

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Une partie des manifestants a pris le chemin du Palais du gouvernement, tandis qu'un autre groupe s'est rendu en direction du siège de la présidence. La police, qui a déployé un canon à eau sur le rond-point d'accès au palais du gouvernement, a tiré des grenades lacrymogènes pour disperser le cortège. Les forces de l'ordre ont un peu plus tard une nouvelle fois procédé à de nombreux tirs de grenades lacrymogènes pour dégager l'entrée du Palais du gouvernement, devant laquelle étaient arrivés de très nombreux manifestants. La foule a reflué plusieurs centaines de mètres plus bas, avant de se disperser en grande partie. Une petite centaine de manifestants est resté devant le Palais pour faire face aux policiers. 

Des heurts ont ensuite éclaté en début de soirée, à environ 1,5 kilomètres de la présidence de la République, entre la police et des jeunes, qui ont jeté des pierres sur les forces de l'ordre. La police a tiré de nombreuses grenades lacrymogènes pour tenter de disperser ce groupe d'environ 200 jeunes. Une dizaines de personnes ont été blessées, par des coups de matraque ou des pierres renvoyées par les forces de l'ordre.  

Une dizaine de blessés. En Algérie, les manifestations sont interdites depuis 2001, et alors que le camp présidentiel a exclu tout recul devant la rue, des premières arrestations ont eu lieu au sein des cortèges, selon plusieurs journalistes présents sur place. Un journaliste et une photographe de la presse écrite algérienne ont notamment été brièvement arrêtés et la police les a éloignés de la manifestation avant de les relâcher, selon la journaliste de l'AFP sur place. Selon cette journaliste, deux personnes ont été légèrement blessées aux jambes par des éclats. Jeudi, une dizaine de journalistes algériens ont été interpellés et détenus plusieurs heures à Alger après un sit-in contre la censure

Sur le chemin du cortège, le médiatique opposant Rachid Nekkaz est apparu à un balcon, mais a été hué par une partie des manifestants, selon le correspondant du Monde. À noter également la présence dans la foule de Djamila Bouhired, icône de la lutte pour l'indépendance du pays et ancienne militante du FLN.

10.000 personnes à Tizi Ouzou. Des rassemblements ont également eu lieu dans d'autres villes du pays, comme à Setif, Oran ou Tizi Ouzou, principale ville de Kabylie, où 10.000 personnes arpentent les rues, selon le site Tout sur l'Algérie (TSA). 

Pour les manifestants, le temps presse, la date limite du dépôt des dossiers de candidature devant le Conseil constitutionnel étant dimanche à minuit heure locale. Pour l'heure, le président Bouteflika, très affaibli depuis un AVC en 2013, est toujours hospitalisé en Suisse dans un hôpital de Genève.

Quand des images de manifestations passent pour la première fois à la télévision d'État

Le 22 février, les médias publics avaient totalement passé sous silence les premières imposantes manifestations à travers le pays, notamment à Alger. Mais vendredi, la télévision nationale algérienne a, pour la première fois depuis le début du mouvement de contestation, ouvert son journal par des images des manifestations du jour, mais sans référence au mot d'ordre du refus d'un nouveau mandat du chef de l'État. Les manifestants qui ont défilé en masse vendredi, à Alger et dans le reste du pays, ont appelé à un "changement pacifique", a simplement expliqué la télévision nationale. Concernant les heurts entre groupes de jeunes et policiers ayant marqué la fin de la manifestation à Alger, la télévision a évoqué des "débordements" ayant contraint les forces de l'ordre à faire usage de gaz lacrymogènes. Les journalistes des médias publics algériens - radio et télévision - ont récemment dénoncé publiquement les restrictions de couverture, "imposées par (leur) hiérarchie", des protestations sans précédent qui agitent l'Algérie contre la candidature à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999.

Europe 1
Par Antoine Terrel avec AFP