Comment Paris suit la crise en Algérie et la montée en puissance du "Macron algérien"

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RYAD KRAMDI / AFP 2:53
Une grande journée de manifestations est prévue vendredi en Algérie. © RYAD KRAMDI / AFP
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Pour notre éditorialiste Michaël Darmon, la France, qui ne veut pas montrer une facette interventionniste, affiche un visage attentiste dans la crise algérienne. C'est un "Macron de l'Algérie", bien connu en France, qui pourrait succéder à Abdelaziz Bouteflika.

Tous les yeux vont être rivés sur l'Algérie, vendredi, alors que sont prévues de grandes manifestations contre un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 1999. Tous les yeux, dont ceux de la France, qui regarde très attentivement la situation du pays, qui a pour l'instant choisi l'attentisme et qui observe de près l'ascension d'un certain Rachid Nekkaz, bien connu en France, décrypte vendredi notre éditorialiste Michaël Darmon.

"La France a eu du mal à appréhender et anticiper ce qui se passe à l'intérieur du clan d'Abdelaziz Bouteflika particulièrement verrouillé depuis des années. Avec cette analyse, peut-être dépassée aujourd'hui, selon laquelle c'est Bouteflika ou le chaos islamiste. Cette fois, pas question de passer à côté ce qui ressemble bien un printemps algérien qui se déroule sous nos yeux.

Prudence et attentisme. Pour avoir en direct toutes les informations, Emmanuel Macron s'est entretenu dès mardi dernier directement au téléphone avec l'ambassadeur de France à Alger. Ce dernier est venu mercredi à Paris pour rendre compte aux ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Prudence et attentisme : c'est la position officielle de Paris. Au sommet de l'État, on comprend que la situation exceptionnelle mais on insiste : c'est aux Algériens de décider eux-mêmes de leur destin lors de la présidentielle du 18 avril.

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À l'Élysée, on va être aujourd'hui très attentif à la manière dont le pouvoir va gérer les manifestants et on remarque l'absence des islamistes dans ce mouvement. C'est effectivement toute la société civile qui est en mouvement avec des intentions pacifiques déclarées : étudiants, avocats, journalistes. Tous sont dans les rues et même les médecins se déclarent prêts à aider les éventuels blessés.

Nekkaz payait les amendes des femmes qui portaient le niqab. On assiste par ailleurs aussi à l'émergence d'un candidat qui soulève la liesse populaire et qui n'est pas totalement inconnu en France. Il s'agit de Rachid Nekkaz, homme d'affaires qui s'est investi depuis des années dans la société algérienne en sillonnant dernièrement les 48 département du pays. Pour rentrer dans les critères obligatoires pour être candidat en Algérie, il a abandonné la nationalité française. En France, Rachid Nekkaz s'était fait connaître en payant les amendes des femmes arrêtées parce qu'elles portaient le niqab. Il est très connu dans les banlieues et très populaire dans les pays arabes.

Mais cette activisme pour la tradition musulmane n'est en fait qu'une toute petite partie de son action politique. En Algérie, il incarne plutôt une forme de dégagisme laïque face un pouvoir qui a vitrifié toute la société. Depuis plusieurs jours, plusieurs médias algériens n'ont pas hésité sans ambages à lui donner un surnom de "Macron de l'Algérie". Chacune de ses apparitions déclenche des mouvements de foule, un peu comme une rock star, il est très surveillé par la police.

Personne n'a vu arriver ce nouvel acteur dans le jeu politique local et selon la direction que prendra ce soulèvement, on verra de quelle manière Rachid Nekkaz pourra participer ou non à ce tournant historique pour l'Algérie, qui est aussi un enjeu crucial pour la France."

Europe 1
Par Michaël Darmon