En Espagne, la colère monte après le jugement disculpant la "meute" de viol

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Près de 30.000 personnes ont manifesté samedi à Pampelune, pour protester contre la décision d'un jugement qui disculpe de "viol" cinq hommes ayant abusé d'une jeune femme. 

Des milliers de cris de colère et un mouvement de protestation qui monte. En Espagne, la condamnation de cinq jeunes hommes jeudi pour abus sexuel, et non pas pour viol d'une jeune femme de 18 ans sous l'emprise de l'alcool, ne passe toujours pas. Ce groupe d'hommes, surnommé "la meute", avait filmé ses actes et s'en était vanté. Plus d'un million de personnes ont signé la pétition demandant la révocation des juges. 

Samedi, les manifestants se sont directement adressé au tribunal suprême, la plus haute cour de justice du pays. Au troisième jour de manifestation, au moins trente-mille personnes ont défilé dans les rues Pampelune. Le slogan "ce n'est pas un abus sexuel, c'est un viol !", a résonné dans la capitale de la région de Navarre, comme chaque jour depuis que le jugement contesté y a été rendu. Les manifestants estiment que les juges se sont disqualifiés en estimant qu'il n'y avait pas eu de viol car la jeune fille n'avait pas opposé de résistance physique à ses agresseurs.

Natalia, 33 ans, a signé la pétition, et comme des milliers d'Espagnols, elle est indignée. "Ce n'est pas la simple peine de prison qui m'indigne, ce qui me préoccupe c'est la sentence prononcée par les juges. Ils considèrent que ce n'est pas un viol". "Il y a cinq hommes qui coincent une fille dans une cage d'escalier, elle n'est pas en capacité de se défendre, elle subit des horreurs et les juges pensent que ce n'est pas un viol ?".

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Source : AFP

Les faits remontent à l'été 2016. Cinq Sévillans, âgés de 27 à 29 ans, qui se surnommaient eux-mêmes "La meute", avaient été condamnés jeudi à une peine de neuf ans de prison chacun, pour "abus sexuel" sur une Madrilène de 18 ans pendant les fêtes de la San Fermin de l'été 2016, aggravé d'"abus de faiblesse". Ils avaient filmé leurs actes et s'en étaient vantés sur Whatsapp, tandis qu'au procès, la jeune fille avait dû se justifier d'avoir eu une attitude passive face à eux. Leurs avocats soutenaient que la victime - qui avait auparavant bu de la sangria - était consentante puisque qu'elle n'avait jamais semblé dire "non" à l'image.

Le code pénal stipule qu'il doit y avoir "intimidation" ou "violence". Finalement, les juges n'ont pas retenu la notion de "viol", pour lequel le Code pénal espagnol stipule qu'il doit y avoir eu "intimidation" ou "violence". Cependant, dans leur jugement, les magistrats ont considéré "indiscutable que la plaignante s'était soudain trouvée dans un lieu étroit et caché, entourée par cinq hommes plus âgés et de forte carrure qui l'avaient laissée impressionnée et sans capacité de réaction".

#Cuéntalo. Depuis jeudi, la parole des femmes se libèrent sur les réseaux sociaux avec notamment la version espagnol du #balancetonporc ou du #metoo qui s'appelle #Cuéntalo ["raconte-le", en français]. des milliers de femmes révèlent les agressions sexuelles et autres violences dont elles ont pu être victimes. La plupart des dirigeants politiques, les personnalités de la culture et les grands sportifs ont également exprimé leur colère. L'Église s'est même invitée dans le débat: des carmélites cloîtrées au pays basque ont fait sensation en postant un texte sur Facebook concluant par cette phrase : "Ma sœur, moi je te crois". C'est devenu l'un des slogans lancé dans le pays à l'attention de la jeune victime.

Il y aura bien un procès en appel mais face à la colère qui s'empare de l'Espagne, le gouvernement a d'ores et déjà indiqué qu'il se pencherait sur une réforme du code pénal.