Coupe du monde : l'équipe nationale croate contestée à cause de scandales de corruption : "c'est bizarre, on est partagés entre plusieurs émotions"

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Alors que les Vatreni s'apprêtent à affronter la France en finale dimanche, ils sont boudés par certains supporters croates. Qui leur reprochent leurs liens avec la mafia.
REPORTAGE

À Split, ville de la côte dalmate croate, les habitants semblent se diviser en deux catégories. Il y a ceux, nombreux, qui espèrent que l'équipe nationale de football l'emportera en finale de la Coupe du monde dimanche. Contre la France, une victoire aurait un petit goût de revanche après la demie perdue de 1998. Mais certains, au contraire, préféreraient une défaite. Pas par pur esprit de contradiction, mais bien en signe de protestation contre la corruption, dans laquelle le football croate a baigné pendant des années. 

Mafia, détournement de fonds et faux témoignage. À l'origine de ce désamour, un homme : Zdravko Mamic, le parrain du football croate. L'ancien président du Dinamo Zagreb a été condamné six ans et demi de prison ferme pour détournement de fonds et fraude fiscale juste avant la Coupe du monde. Mamic est un proche du pouvoir, notamment de la présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarovic. Mais le "parrain", qualifié de "mafieux" par ses opposants pour sa gestion clanique du Dinamo Zagreb et son ingérence répétée dans les affaires de la fédération nationale de football, a aussi des liens très forts avec certains joueurs, notamment Luka Modric.

De fait, c'est entre autres le détournement de l'argent du transfert du capitaine des Vatreni du Dinamo Zagreb à Tottenham qui lui a valu sa récente condamnation. Et Luka Modric lui-même a été inculpé pour faux témoignage juste avant le début de la Coupe du monde. Le milieu de terrain offensif est soupçonné d'avoir changé sa version des faits et couvert Zdravko Mamic, qui a été son mentor.

"Mort à l'équipe nationale". Ces affaires entachent quelque peu la réputation de l'équipe au damier et son capitaine, pourtant sérieux prétendant au Ballon d'or après une Coupe du monde durant laquelle il a brillé. "Sur le mur juste à côté de la fan zone, certains ont écrit 'mort à l'équipe nationale'", raconte Slaven Alfirevic, journaliste au Slobodna Dalmacija, le quotidien régional de Split. "Sur Facebook, des supporters ont affiché les drapeaux du Danemark, de la Russie ou de l'Angleterre, comme s'ils soutenaient nos adversaires" tout au long des phases éliminatoires, confirme son collègue, Vedran Babic. "D'autres se contentent d'ignorer les matches et de ne pas en parler."

"On veut qu'ils gagnent, mais on leur en veut toujours". Nebo, lui, fait partie de ceux qui ont décidé de soutenir les Vatreni en finale sans pour autant occulter les scandales. "C'est bizarre, on est partagés entre plusieurs émotions", confie ce supporter au micro d'Europe 1. "On veut que ces garçons gagnent, mais on leur en veut toujours d'avoir frayé avec la mafia qui dirige l'État. Au fond de nous, on veut qu'ils gagnent. Mais pour le peuple, pas pour les gros bonnets assis dans leur fauteuil." Si la Croatie devait s'imposer dimanche, ces supporters verraient leur joie entachée d'une crainte : qu'une victoire renforce ceux qui, selon eux, font du mal au pays.

Europe 1
Par Rémi Bostsarron, envoyé spécial à Split, édité par Margaux Baralon