COP 25 : les conséquences tragiques du réchauffement climatique sur les coraux de Polynésie

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Coraux Polynésie (2000x1000) Y. Chancerelle-CRIOBE 3:32
Avec des tons blancs et foncés, ces coraux polynésiens sont loin de leur éclat originel © Y. Chancerelle-CRIOBE
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Lundi débute la COP 25 à Madrid, en Espagne, avec encore une fois l'objectif pour les nations de la planète participantes de prendre des mesures écologiques fortes afin de limiter le réchauffement climatique. A cette occasion, Europe 1 vous emmène chaque jour sur un continent du monde pour constater les effets du réchauffement. Lundi, c'est la Polynésie et ses coraux.
REPORTAGE

Il a suffi d’un degré… Un petit degré d’augmentation de la température de l’eau pendant l’été - 30 degrés au lieu de 29 en moyenne - pour que le corail réagisse en Polynésie. A l'occasion de la COP 25 qui s'ouvre lundi à Madrid, en Espagne, Europe 1 se rend sur tous les continents de la planète pour constater sur le terrain les effets terribles du réchauffement climatique. Ce tour du monde commence avec la Polynésie.

Ici, avec l'augmentation de la température de l'eau d'un degré, le corail a d’abord blanchi pendant les mois de janvier et février. Les fonds marins, habituellement colorés d’ocre ou de jaune vif, étaient comme recouverts de neige, décrit un chercheur. C’est la première étape avant de mourir.

"Maintenant, on voit surtout les squelettes des coraux qui sont morts"

Désormais, six mois plus tard, quand vous accompagnez Cécile Berthe, responsable de la communication du Criobe, un pôle d’excellence sur la recherche corallienne, lorsqu’elle plonge pour montrer les colonies de coraux au large de Moorea, son doigt ne pointe quasiment que des coraux morts.

"Ce que j'essayais de vous montrer, sous l'eau, c'est les différences de couleurs qu'on peut voir entre des espèces coralliennes identiques. Le noir foncé nous montre, quand on se rapproche, que la structure corallienne est toujours là - c'est le squelette - mais que l'animal est mort et qu'il est en train de se faire recouvrir par des macro-algues", explique Cécile Berthe.

 

Ces algues peuvent d'ailleurs l'empêcher de se régénérer. Sur le récif, les dégâts apparaissent considérables. Ils sont en train d’être évalués notamment par Yann Lacube, jeune ingénieur de recherches qui revient tout juste d’une sortie en mer : "Quand on se met à l'eau, maintenant on voit surtout les squelettes des coraux qui sont morts. A 6 mètres de profondeur, il y a environ 50 à 60% de mortalité, c'est très violent".

Un phénomène jamais vu dans les archives

Violent et même jamais vu dans les archives de ce centre de recherches qui étudie les coraux ici depuis près de 50 ans. Alors, est-ce que ce corail est définitivement perdu ? Tout dépend de la météo des prochains mois.

Là, l’écosystème part de très loin, quasiment de zéro par endroits. Et si l’été prochain est aussi chaud que cette année, ce sera très dur. Yannick Chancerelle, responsable de ce centre de recherches, redoute que ces épisodes de chaleurs deviennent la norme : "Le problème, c'est la fréquence des perturbations de grande ampleur. S'il y en a une tous les ans, on peut imaginer le pire. A terme, on s'attend à ce qu'il y ait de plus en plus de coraux qui blanchissent et de mortalité corallienne".

Le bouturage, une solution locale

Parmi les solutions étudiées : le bouturage, comme dans un jardin ! Il s'agirait de récupérer de petits morceaux de corail et les mettre en culture. Matthieu Kerneur emploie déjà cette méthode dans l’eau des lagons. A l’ombre des pilotis pour protéger sa culture des UV, il fait pousser le corail sur une tige de bambou qu’il réimplante sur des rochers ou des blocs de béton.

A petite échelle, la technique fonctionne. Pour repeupler un récif, il estime que la recherche doit se concentrer sur les super-coraux : "L'idée est de sélectionner des espèces de coraux qui ont résisté au réchauffement climatique. C'est ces colonies à partir desquelles il faudra travailler pour fabriquer des générations de coraux amenées à résister peut-être un peu plus".

Pour l'heure, rien n’assure que ce corail sera capable d’encaisser des hausses de températures encore plus élevées. La seule assurance pour préserver ces animaux, à long terme, est finalement de réduire le réchauffement et les émissions de CO2.

Europe 1
Par Jean-Sébastien Soldaini, édité par Maxime Dewilder