Cinq indépendantistes catalans emprisonnés entrent au parlement espagnol

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Raul Romeva, Oriol Junqueras et Jordi Turull (ici à Barcelone en 2017) sont actuellement en prison, mais ont été élus députés.
Raul Romeva, Oriol Junqueras et Jordi Turull (ici à Barcelone en 2017) sont actuellement en prison, mais ont été élus députés. © JOSEP LAGO / AFP
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Cinq indépendantistes catalans, incarcérés pour avoir tenté de faire sécession de l'Espagne en octobre 2017, ont été élus au parlement espagnol. Ils sont autorisés à sortir de prison mardi pour... jurer de respecter la Constitution espagnole.

Cinq indépendantistes catalans, élus lors des dernières législatives, vont être autorisés à sortir quelques heures de prison mardi pour prêter serment lors de la session inaugurale du parlement espagnol.

Oriol Junqueras, Jordi Sanchez, Jordi Turull, Josep Rull et Raül Romeva ont été élus députés pour les quatre premiers et sénateur pour le dernier lors des élections du 28 avril qui ont vu le chef du gouvernement socialiste sortant, Pedro Sanchez, arriver en tête. Emprisonnés depuis plus d'un an, ils ont obtenu lundi une première permission de la Cour suprême, qui les juge depuis février pour avoir tenté de faire sécession de l'Espagne en octobre 2017, pour s'enregistrer à la Chambre des députés et au Sénat.

Autorisés à sortir pour... jurer de respecter la Constitution

Et ils pourront de nouveau sortir mardi, le temps d'assister à partir de 10 heures à la session inaugurale où doivent être élus entre autres les présidents et les bureaux des deux assemblées. Encadrés par la police, les cinq nouveaux élus devront entre autres mardi jurer de respecter la Constitution espagnole, celle-là même qu'ils sont accusés d'avoir violée dans leur marche vers l'indépendance.

"On veut nous faire taire et nous marginaliser, et les urnes nous ont redonné voix", s'est félicité Oriol Junqueras, président du parti Gauche républicaine de Catalogne (ERC) et ancien vice-président du gouvernement régional catalan, dans une interview écrite depuis sa prison.

Un député également candidat aux Européennes

Oriol Junqueras est également candidat d'ERC aux Européennes dimanche. Depuis 2017, les séparatistes placent en tête de liste leurs dirigeants en détention ou exilés, comme l'ancien président régional Carles Puigdemont, pour dénoncer leur situation ou tenter de les faire libérer. 

Les conservateurs du Parti populaire (PP) et les libéraux de Ciudadanos ont annoncé leur intention de déposer des recours pour priver les indépendantistes de leur siège. "La démocratie espagnole doit aussi être défendue hors des tribunaux face à ceux qui veulent en finir avec elle", a justifié le leader du PP, Pablo Casado. Les deux chambres seront chargées de trancher la question de l'éventuelle suspension de ces cinq élus actuellement jugés et incarcérés.

Un enjeu de majorité parlementaire

La Cour suprême a refusé de mettre fin à leur détention provisoire comme le réclamaient les avocats des cinq indépendantistes, estimant que leurs droits à la liberté d'expression et d'opinion n'étaient pas compromis. Et elle a souligné que l'autorisation de sortie accordée mardi était "exceptionnelle", sans se prononcer explicitement sur la possibilité de leur en accorder d'autres pour assister aux sessions parlementaires. Ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences politiques pour Pedro Sanchez, qui a remporté les élections sans majorité absolue.

Si les députés indépendantistes en détention ne peuvent pas voter le jour de son investiture, leur vote sera alors assimilé à une abstention, ce qui abaissera automatiquement le seuil de la majorité. Pedro Sanchez n'aura alors pas besoin des partis séparatistes catalans pour être réélu à la tête du gouvernement espagnol.