Aucun regret et refus de rentrer en France… Les confidences de Dorothée, l'épouse du djihadiste Jean-Michel Clain

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

Au micro d'Europe 1, Dorothée Clain, l'épouse du djihadiste français tué en Syrie deux jours après son frère Fabien, n'exprime aucun signe de repentance et assure vouloir désormais faire son deuil "tranquillement".

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Tout juste sortie du village syrien de Baghouz, au milieu d'une cohorte d'épouses de djihadistes de l'État islamique fuyant les bombardements et les combats, Dorothée Clain accorde ses interviews à la presse, trônant en majesté sur une couverture. Autour d'elle, une dizaine de femmes aux voiles couverts de poussière s'assoient à même le sol avec leurs enfants faméliques. 

Des figures de l'État islamique. Le prestige de son mari Jean-Michel Clain et celui de son beau-frère Fabien Clain, qui comptaient parmi les Français les plus hauts-placés dans l'appareil de propagande de l'État islamique, donne à Dorothée Clain un statut particulier. Son époux était notamment l'auteur d'une chanson de propagande du califat, qui appelait à tuer tous les Français. Quant à Fabien Clain, c'est lui qui avait prêté sa voix à la vidéo de revendication des attentats de Paris, le 13 novembre 2015. 

dorotheeclain

Crédit photo : Delil SOULEIMAN / AFP

Les deux frères tués par la coalition. Lundi, face à plusieurs journalistes français, parmi lesquels le grand reporter d'Europe 1 Didier François, Dorothée Clain a annoncé la mort de son mari au mois de février, deux jours après la mort de son frère dans une frappe de la coalition. "D'abord, on a tué son grand frère et après on a tué mon mari, deux journées totalement différentes et de différentes manières", explique Dorothée Maquere, de son nom de naissance. "Le drone a tué mon beau-frère, et l'obus de mortier a tué mon mari".

Entendu sur europe1 :
Je n'ai pas le temps de pleurer mon mari et mes enfants. Donc j'aimerais bien qu'on me laisse me reconstruire

Sur les attentats, "justice a été faite". À aucun moment, au cours de cet entretien, l'épouse du djihadiste français, vêtue d'un niqab noir la couvrant entièrement, n'aura pris la moindre distance avec leurs engagements, cherchant encore à justifier les attentats de Paris. "On a voulu diaboliser l'État islamique, mais c'est faux… Ce qu'on veut faire croire aux citoyens, aux Français, sur ces attentats, c'est faux. Vous, si on s'en prenait à vos familles, vous voudriez faire justice. Là, voilà, la justice a été faite", argue-t-elle. "Dans une guerre, il y a des innocents. Le bilan des attentats, oui, il est lourd. Mais pas aussi lourd qu'ici. Est-ce que c'est équitable, est-ce que ça vaut tout ça ? Là, c'est le monde entier qui est contre nous, qui nous massacre", veut-elle dénoncer.

L'asservissement des femmes yézidies, la crucifixion des Chrétiens, les décapitations de Kurdes, les massacres de Chiites, en Syrie comme en Irak... tout cela la laisse parfaitement indifférente. Seul la navre le naufrage du califat de Daech, dont le tout dernier réduit est en train de s'écrouler sous ses yeux.

Dorothée Clain refuse de rentrer en France. "Je ne veux certainement pas rentrer en France, je veux que la France me laisse tranquille, parce que je sais très bien que si je rentre en France, ils vont me mettre en prison, ils vont m'enlever mes enfants", s'énerve-t-elle. "C'est eux qui ont tué mes enfants et mon mari", poursuit-elle, affirmant qu'elle a donné naissance à huit enfants (la plus âgée n'a que 13 ans), dont trois ont été tués. "Mes enfants ont besoin de moi. J'ai envie de pouvoir faire le deuil de mes enfants, de mon mari, parce que je n'ai pas le temps, tout s'enchaîne. Je n'ai pas le temps de pleurer mon mari et mes enfants. Donc j'aimerais bien qu'on me laisse me reconstruire", implore Dorothée Clain.

"Je ne demande rien à la France. Je n'ai pas de regret, je ne peux pas vivre en France. Je suis musulmane, je pratique ma religion. Pourquoi je n'aurais pas le droit d'aller ailleurs ? Normalement, les Français devraient être contents. Ma religion vous dérange, je vous dérange, laissez-moi tranquille."