Attentats en Catalogne : qui est l'imam marocain soupçonné d'avoir influencé la cellule djihadiste ?

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L'envoyée spéciale d'Europe 1 a pu visiter l'appartement d'Abdelbaki E.S., l'imam qui travaillait à la nouvelle mosquée de la ville de Ripoll. C'est là qu'il aurait influencé les onze jeunes gens qui formaient la cellule djihadiste qui a préparé les attentats de Catalogne.

La plupart des suspects des attaques en Catalogne ont vécu dans la même ville, au pied des Pyrénées, à 90 kilomètres au nord de Barcelone : Ripoll. Selon les autorités espagnoles, 12 suspects au total ont été identifiés. Ils gravitaient autour d'un imam, Abdelbaki E.S., qui a quitté la ville deux jours avant les attaques, après s'y être installé deux ans plus tôt.

Disparu depuis mardi soir. L'envoyée spéciale d'Europe 1 a pu pénétrer dans le trois-pièces où vivait cet imam, au deuxième étage d'un immeuble vétuste adossé au monastère de la ville. Son colocataire, Nordeen, a partagé son quotidien pendant quatre mois. Seul un mur sépare leurs chambres mais il l'assure, Abdelbaki E.S. l'a piégé ; Nordeen ignorait tout de ce lourd secret. À l'intérieur de la pièce, spartiate, où vivait Abdelbaki E.S., ne restent que des étagères vides et un matelas à même le sol.

"Il n'y a plus rien", explique ce vendeur de fruits sur les marchés au micro d'Europe 1. "Abdelbaki a tout pris et il est parti mardi matin. Il m'a dit qu'il allait en vacances au Maroc." Selon le secrétaire de la mosquée où il travaillait, interrogé par l'AFP, il avait demandé "trois mois de vacances fin juin". "Abdelbaki n'avait pas de problèmes", assure son ancien colocataire. "Il travaillait à la mosquée. Il était musulman, mais en parlait peu".

chambre imam, attentats en Catalogne

© PAU BARRENA / AFP

L'imam identifié le jour-même des attaques. Les enquêteurs ont confirmé lundi que l'imam a péri dans l'explosion mercredi soir dans une maison à Alcanar, en Catalogne, où la cellule à l'origine des attaques de Barcelone et de Cambrils préparait "un ou plusieurs attentats". "La police est venue la nuit de l'attentat. Je me suis réveillé, ils étaient huit ou dix. Ils le cherchaient. Moi je veux déménager d'ici", nous explique encore Nordeen. Dès vendredi, quelques heures seulement après les deux attaques, l'appartement a été perquisitionné. Depuis le mois de juin, ses voisins avaient commencé à repérer des allers-retours suspects autour de ce lieu. 

Des démêlés avec la justice. Abdelbaki E.S. n'est pas inconnu des services de police. Selon El Mundo, cité par l'AFP, il a été incarcéré en lien avec un "trafic de drogue" pendant quatre ans. C'est au cours de son séjour en prison qu'il a "noué une amitié particulière avec Rachid Aglif, dit El conejo (le lapin), condamné à 18 ans" pour participation aux attentats djihadistes dans des trains de banlieue du 11 mars 2004, qui avaient fait 191 morts à Madrid, toujours selon le journal espagnol. Néanmoins relâché en 2012, il n'était pas connu pour avoir des liens avec le terrorisme. 

" "Il s'est passé quelque chose dans la mosquée pour qu'ils changent à ce point" "

Lien entre l'imam et les terroristes présumés : la mosquée. Ce quadragénaire était toutefois connu pour être particulièrement religieux. Arrivé à Ripoll en 2015, Abdelbaki E.S. a fait un passage en Belgique, dans la grande banlieue de Bruxelles "entre janvier et mars 2016" comme l'a confirmé à l'AFP le maire de la commune limitrophe belge. Dès son retour, l'imam a commencé à travailler dans la nouvelle mosquée. Dans la salle de prières, les noms de deux des 12 suspects des attentats apparaissent dans la liste des donateurs de fonds à la mosquée, dont celui de "Younes A.", le conducteur marocain de la fourgonnette qui a tué 13 personnes sur la Rambla à Barcelone jeudi.

Des enfants respectueux. Dans le bourg de villégiature symbole de la Catalogne et traversé par de petits trains destinés aux touristes, les habitants semblent imputer la faute de ces attaques à l'imam. Ana qui tient un restaurant de la place centrale, a vu grandir les jeunes gens appartenant à la cellule djihadiste. "Ils venaient quand ils avaient des tickets de loterie à vendre pour l'école", raconte-t-elle. "Ils passaient tous les jours devant chez moi. Ils se comportaient très bien dans le village."

"Ils étaient très religieux, ils portaient des djellaba et mangeaient la viande autorisée par leur religion. Il s'est passé quelque chose dans la mosquée pour qu'ils changent à ce point. C'est incroyable." Une version partagée par le grand-père des deux frères identifiés, interrogé par l'AFP. "Cela fait deux ans que Younès A. et Houssein (son frère) ont commencé à se radicaliser, sous l'influence de cet imam." La bourgade si tranquille est aujourd'hui quadrillée par des policiers postés sur des barrages filtrants où ils inspectent toutes les voitures qui souhaitent entrer dans la ville.